lundi 21 décembre 2009

Un peu plus froid


Samedi 12 décembre 2009
Troisième weekend à St-Petersburg et je n’ai pas encore été me perdre dans le dédale des nombreuses salles de l’Ermitage. Je répare donc cet oubli impardonable en ce samedi matin. Comme mentionné précédement, ma carte d’étudiant m’accorde un tarif préférentiel dans la plupart des musées, et ici en l’occurrence, la gratuité. C’est avec un grand plaisir que j’irai donc me perdre ici à de nombreuses reprises.
Pourquoi se perdre me direz-vous ? Parce qu’avec plus de 300 salles, une collection de plusieurs millions de pièces, dont un certain nombre ne sont malheureusement pas visible, un sens de visite pas toujours évident à suivre, et surtout si la curiosité fait partie de vos « défauts », vous passerez sans aucun doute de nombreuses heures dans ce palais.
C’est d’ailleurs assez étonnant, mais il me semble que dû aux expositions temporaires qui se tiennent actuellement dans plusieurs salles du palais, mon itinéraire en a été profondément modifié et je me suis retrouvé dans des salles que je n’avais pas pu admirer lors de mes précédentes visites. Pour l’instant, il y a notamment une exposition d’art moderne britannique. Qui dit moderne dit souvent obscur et incompréhensible pour moi. Quant au terme britannique, ça me rappele autant les fish and chips de Liverpool que les tenues vestimentaires de la reine d’angleterre. En résumé, c’était un peu tout ça à la fois… Comme la reine d’angleterre, on se gratte les méninges durant une année pour trouver un discours se rapportant au tableau et comme les fish & chips, c’est parfois un peu surchargé et lourd. Les deux trucs qui ont captés mon attention sont une vieille dame en cire sans doute emprunté chez Madame Tussaud couchée, suspendue entre deux chaises (signification ?) et une série de toiles illustrant la violence où l’artiste avait inscrusté dans des décors modernes des combattants des croisades et de l’Antiquité.
Passé cette salle, j’ai pu découvrir une expo sur les intérieurs des demeures au 19ème et début 20ème siècle en Russie, de nombreux tableaux, une expo sur l’art japonais avec tableaux et armures de samurais (avec une fricadelle et une petite frite ;-)) un peu d’art hindou et j’ai fini le tout avec la visite de quelques salles consacrés aux impressionistes.
La prochaine fois, j’essayerai de me préparer à la visite et de prendre note du numéro des salles qui m’intéresse.
A la sortie du musée, une reflexion me vient à l’esprit quant au métier ingrat qu’exercent les figurants en costume devant les lieux touristiques de la ville. Il faut les imaginer, portant par tous les temps un costume 18ème faisant les 100 pas devant les monuments, à la recherche de touristes en recherce de photos exotiques. En les voyant, je me suis demandé combien il avait de couches de vêtements sous leurs costumes pour résister à l’hiver russe ? Vous allez me dire que ce n’est peut être pas pire que de devoir enfiler le costume du kangourou de walibi en plein été sous la canicule, ou celui de Mickey ou de la fée clochette en plein hiver, mais tout de même… J’avais un peu froid pour eux, mais je n’ai pas poussé l’empathie jusqu’à me faire prendre en photos avec eux, je ne suis tout de même pas un touriste :-)
Le soir, comme prévu, nous avons fêté la réussite de Ludmila avec tous les étudiants de l’école ;-) Nous nous sommes donc retrouvés à deux dans un pub anglais pour faire typique. C’est marrant car à un moment donné, on a cru que nos voisins de la table d’à côté se faisaient la malle sans payer… ils ont soudainement disparus, suivi quelques secondes plus tard des serveurs qui courraient après eux :-) Je n’ai pas très bien compris la manœuvre, car 5 minutes plus tard, une des personnes est revenue payer… C’était une belle soirée où nous avons comme à notre habitude pu laisser libre cours à notre imagination, et principalement par rapport à Valentina, notre logeuse. Mais ne vous en faites pas, je consacrerai un chapitre spécifique à chacun des personnages importants de mon récit.
Dimanche, je suis à nouveau reparti à la recherche de mes sujets animés et inanimés, de mes prépositions, de mes verbes de mouvements, ceux qui décident de partir dans une direction seulement et ceux qui tentent l’aller-retour, mes deux chiens, qui ne se comportent pas comme mes six perroquets, ceux qui courent dans le parc et ceux qui tentent seulement de l’atteindre. Bref après quelques heures de ce régime vitaminé, je me suis retrouvé inanimé dans mon fauteuil, à écouter quelques podcats en attendant l’heure du repas :-)
Lundi 14 décembre 2009
En arrivant à l’école, Katya, mon professeur, me promet une surprise. Un peu curieux, j’attends, ils ont peut être finalement pensé à St-Nicolas. La surprise était tout être, mais c’était pas mal tout de même : un nouvel étudiant dans mon groupe. Vous imaginez la surprise, on a d’un coup doublé l’effectif de l’équipe :-) Au départ, je n’ai pas vraiment compris les raisons qui avaient poussé mon nouveau collègue à étudier le russe. Imaginez, il vient de Trinidad et Tobago ! Je connaissais cette île en raison de ses athlètes, mais pas encore pour ces étudiants en langue russe. La raison de sa présence est en fait toute simple. Il est marié avec une letonne et il veut parler russe avec elle. Comme quoi, l’adage populaire qui affirme que la meilleure façon d’apprendre une langue, c’est sous l’oreiller semble se confirmer en partie… Parce que l’oreiller ne vous enseigne pas encore à ma connaissance le génitif pluriel ainsi que l’accusatif animé et inanimé ;-)
L’autre surprise de cette matinée est la brusque chute des températures. La veille en me balladant j’avais déjà remarqué qu’il faisait un peu plus frais, ce qui m’avait été confirmé par les informations données à la télévision (si vous regardez la TV locale, en l’occurrence pour moi « Canal 5 Saint Petersbourg » en bas à droite de l’image s’affiche la température actuelle dans la ville). Néanmoins ça fait tout de même un choc de passer de zéro à -10°C en une journée, surtout que la température reste évidemment la même à l’intérieur, à savoir au alentour de 25°C. Il a également commencé à neiger durant le WE mais pas assez pour causer de vraies pagailles sur les routes (contrairement à Moscou où la neige avait causé la semaine dernière plusieurs centaines de kilomètres de bouchons).
Je ne pense pas vous avoir déjà parlé de la télévision en Russie, je vais donc profiter de l’épisode de notre sitcom « Moscou sous la neige » pour vous en toucher un mot. Comme un peut partout, soit vous avez une antenne et vous recevez les programmes de base, soit vous payez pour recevoir les programmes du cable, avec une offre ressemblant à celle de la TV digitale en Belgique. Moi, j’ai droit à l’option n°1, ce qui signifie 6 ou 7 chaines suivant la puissance de votre antenne. Ce bouquet hertzien comprend une chaîne sport, une pour la culture, une chaîne musicale style MTV ainsi que d’autres chaînes plus généralistes. Mais qu’est-ce qu’il y a à voir me direz vous ? En résumé, de nombreux programmes d’information où vous pouvez suivre les aventures de Poutine et Medvedev (propagande ? Légèrement, mais ce n’est pas pire qu’à la TV thailandaise), quelques infos du monde, quelques drames… C’est ici que je vais me faire censurer, mais en sachant que la tv est le principal média en terme d’accessibilité et de couverture de la population, et en observant la propagande quotidienne via la couverture par les médias des principales activités du président ainsi que de son premier ministre, ça explique en partie les scores électoraux et la popularité de ceux-ci. Lorsque je comprendrais un peu mieux le russe, je vous écrirai un article par rapport à cette problématique.
Pour illustrer le manque de sérieux de certains reportages, je vais vous parler de la couverture d’un des évènements de la semaine dernière, à savoir les importantes chutes de neige sur Moscou. Comme dans tous les pays, dès que la neige ou tout autre phénomène météorologique cause des problèmes de circulation, on envoie un reporter sur place pour montrer ce que la plupart des gens peuvent voir en ouvrant leur fenêtre, à savoir que la neige a créé une belle pagaille (ceux qui sont coincés dans les embouteillages ont la chance de vivre ça en direct à la radio). S’en suit alors l’interview de météorologues, de policiers chargés du trafic, d’automobilistes coincés dans le traffic… Particularité du journal que je regardais, on a également interviewé une voyante. Je ne sais pas exactement ce qu’elle a vu dans les cartes du tarot et dans sa boule de cristal, mais j’espère que ça a pu en aider quelqu’un (les fameuses personnes qui se retrouvent dans l’expression « pour ceux qui y croient » des horoscopes)
Lundi soir, je participe à mon premier cours de langue de l’autre côté de la barrière. J’ai en effet été invité par certaines personnes à l’école à venir apporter mon aide pour le cours d’anglais. Dans mon école, en plus des cours de russe le matin (en groupe) et l’après-midi (en cours particulier), il y a également plusieurs fois par semaine des cours d’anglais qui se donnent le soir, à l’intention des russes. Dans le premier groupe, un jeu de rôle à été organisé. Il s’agit ici de débutants et le but du jeu est de les faire prendre position sur des thèmes précis, afin qu’ils apprenent à argumenter et formuler en des termes simples un avis dans une autre langue que la leur. C’est la première fois que je participe à ce genre de groupe de conversation et j’essaye de leur prodiguer des conseils tant au niveau de la grammaire que de la manière d’appréhender l’exercice. Malgré cela, ils ont l’air plutôt intimidé par ma présence, ce qui est sans doute dû au fait que c’est une des première fois qu’ils parlent en anglais à un étranger. J’en profite également pour de temps à autre exercer mon russe, échange de bons procédés oblige.
Pour la seconde partie du cours, je me rends dans l’autre groupe, celui des étudiants ayant un niveau avancé. Comme pour le premier groupe, on fait d’abord les présentations, je réponds à divers questions, dont la classique « Pourquoi étudies-tu le russe ? » et je profites d’une petite pause dans le groupe pour faire connaissance avec les étudiants. Il s’agit ici d’étudiants qui désirent passer leur TOEFL et l’ambiance est un peu moins détendue que dans le premier groupe. C’est sans aucun doute dû à la manière d’enseigner du professeur. J’avoue que je n’ai jamais étudié la pédagogie, mais je suis resté quelque peu estomaqué par la manière dont le cours était donné. C’était une ambiance et une approche totalement différente que lors de mes propres cours de russe. Ici les étudiants n’ont pas vraiment droit à des encouragements, ou alors c’est vraiment sous-entendu, l’ambiance est stricte et on fait tout pour montrer à l’étudiant qu’il a encore d’énormes progrès à réaliser. La nouvelle pédagogie n’a donc pas encore réussi à entrer dans les mœurs en ce qui concerne l’apprentissage aux étudiants russes et c’est assez dommage je pense. Bien entendu, je n’ai émis aucun commentaire durant le cours, par respect pour le professeur et le bon déroulement de la leçon, néanmoins c’est exactement le genre de pédagogie qui a rendu des millions d’étudiants apeurés et bloqués à l’idée de parler la langue de l’autre. Je veux bien accepter que la grammaire est importante, qu’il y a des règles à suivre, mais ici comme partout ailleurs, le principal problème des étudiants en langues est la peur de l’échec qui le glace lorsqu’il s’agit de s’exprimer et de communiquer face aux autres. Et la technique consistant à le presser comme un citron et l’accabler de tous les maux lorsqu’il se trompe est improductif selon moi. En souvenir de son accent « so british », de ses manières un peu désuettes, j’appelerai donc cette enseignante « British Bitch » :-)
Apparement, j’ai dû leur plaire, vu que je suis invité à retourner lundi prochain :-)
Mercredi 16 décembre 2009
C’est une journée un peu particulière aujourd’hui car c’est le dernier jour de Ludmila à l’école. Après deux mois de cours ici, elle va retourner en Slovaquie pour les fêtes de fin d’année, puis commencer son nouveau travail en Italie. Ca me rend un peu triste car on s’amusait bien ensemble, on avait le même genre d’humour et elle m’a beaucoup aidé pour m’y retrouver dans toutes les formalités administratives et les habitudes de la vie quotidienne (poste, carte SIM, photos d’identité) en Russie. Et comment m’en serais-je sorti sans ses précieuses traductions et interventions en russe quand Valentina m’assaillait de questions ? ;-)
Pour marquer le coup, elle a été chercher quelques bières slovaques au supermarché ainsi que quelques paquets de chips, afin d’organiser un apéro digne de ce nom à l’école. Nous avons eu droit à la traditionnelle remise de diplôme, au petit discours… Comme il était midi et que je devais encore assister à la seconde partie de mons cours, j’ai dû boire une partie de ma bière en classe… Je sais, ça fait super sérieux, mais l’ambiance est plutôt familiale en classe :-D
J’imagine que vous vous rappelez tous le film « L’auberge espagnole ». A la fin du film, ils se retrouvent tous dans un bar pour fêter le départ de Xavier. Et bien, on a fait la même chose pour Ludmila ;-) A part que, vu le sous-effectif étudiant en hiver, on était seulement trois : Ludmila, Anna, la secrétaire de l’école et moi. Ce fut l’occasion de raconter à Anna une partie de nos aventures avec Valentina, de partir encore sur quelques délires et de finir ainsi sur une bonne note ce mois de cohabitation avec Ludmila. Ce fut également l’occasion de découvrir un nouveau bar qui se trouve pas loin de chez moi et qui selon Anna est plein à craquer le weekend. Ce fut enfin l’occasion d’en apprendre un peu plus sur les familles qui hébergent les étudiants, savoir qu’elles étaient les meilleures, les plus recherchées… C’est toujours bien de glaner un peu « d’insider information » ;-)

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