vendredi 17 décembre 2010

Le logement


Je parlerai ici de mon expérience en terme de logement en Russie, mais également de ce que j’ai vu ou appris via mes amis ou via les journaux. Le sujet étant assez vaste, il se peut que j’y revienne plus d’une fois.
En écoutant les gens et en lisant la presse, il me semble que dans beaucoup de sociétés, les demandes en terme de logement ne sont pas rencontrées. C’est également le cas en Russie, bien que 70 ans de régime communiste ait formé les gens à accepter de vivre dans des conditions assez difficiles, sans que ceux-ci ne se plaignent trop.

Dans les faits, cela se traduit ainsi: la grande majorité des gens vivent dans des logements qui ne sont plus aux normes, et dans ceux-ci chaque habitant a droit à un “espace vital” deux ou trois fois plus petit que ce qu’on l’on rencontre généralement en Europe de l’Ouest. Ici, avoir un appartement pour soi, c’est un luxe. La plupart du temps, les jeunes diplômés vivent encore chez leurs parents ou alors, pour ceux qui sont arrivés ici pour travailler ou ont décidé de ne pas quitter la ville après la fin de leurs études, ils louent une chambre ou partagent un appartement. Des exemples que j’ai entendu, j’ai pu en déduire que les gens ont en moyenne 10 ou 15m² par personne. Il n’est pas rare de voir une famille vivre avec deux enfants dans un appartement de 40 ou 50 m². Ici la vie en commun, c’est une nécessité, pas un choix.

Résultat, le gouvernement s’est lancé dans une grande campagne de construction de logement, mais vu le niveau de la demande et les prix demandés pour des constructions neuves, je ne pense pas que le problème sera réglé dans les prochaines années.

Différence de taille par rapport à chez nous, quand vous achetez un appartement, vous achetez en fait un ensemble de pièces “brut”, c’est à dire, sans rien à l’intérieur. C’est à vous à tout installer, le carrelage ou parquet au sol, la cuisine, la salle de bain… Bref, vous avez intérêt à être bricoleur ou à avoir encore un peu d’argent de côté, ce qui vous évitera de dormir sur du béton. Et là aussi, au niveau de la fourniture et de la pose de toutes les facilités dans votre logement, il existe de grandes différences de prix et de qualité. On désigne d’ailleurs par un terme différent les réparations et aménagements faits selon des normes de qualité (Евро ремонт = réparation que l’on fait en payant des euros, beaucoup d’euros…) et les autres. C’est à ce point rentré dans la culture populaire que de nombreux sketches ont déjà été tournés à ce propos.

Comme vous pouvez donc vous en rendre compte, se loger convenablement en Russie n’est pas chose facile, et comme vous pourrez le voir dans les différents exemples que je donnerai plus loin, la qualité des appartements dépend fortement du propriétaire. Dans le centre de St-Petersbourg, il est assez dur de savoir où trouver un appartement de qualité, ceux-ci pouvant se cacher un peu partout, dans le fond d’une arrière cour peu engageante comme le long des allées les plus prestigieuses. Comme je vous le disais, beaucoup de nouveaux complexes d’appartements sont également construits, mais ils se trouvent alors le plus souvent un peu plus loin à la périphérie de la ville, là où il y a encore des terrains à bâtir. Seule exception notable, « l’île à la Croix » (Крестовский остров), situé non loin du centre, est un endroit où se concentre la population (très) aisée de la ville. Pour vous donner une idée, le m² se vend à cet endroit au alentour de 6000 euros. C’est d’ailleurs lorsque Dan était venu et que j’avais revu Ikbal que j’avais appris le prix d’un appartement dans ce quartier là. Ikbal et sa femme avait voulu acheter quelque chose de petit là-bas, malheureusement, la plus petite surface à acheter était de 180m² (l’appartement à 1 million, ça fait un peu cher, même si on a un bon job).

Comme vous pourrez vous en rendre compte en lisant le récit de mes différentes expériences en la matière, en termes de logement en Russie, l’habit ne fait vraiment pas le moine. Dans le centre ville, hormis certaines résidences assez luxueuses, votre logement ne vous paraîtra jamais dans un état convenable de l’extérieur. Ici, à moins que les qualités architecturales de l’immeuble le justifient, peu de propriétaires vont rénover leur façade, ou la cour intérieure. Par conséquent, vous ne pourrez qu’être agréablement surpris en rentrant dans un appartement, tant les apparences extérieures sont ici trompeuses.
La plupart des logements étant constitués d’une cour intérieure, c’est également un endroit où vous pourrez croisez des étudiants qui viennent boire après les cours, ou des sans-abris qui viennent s’abriter. Vous rencontrerez donc de plus en plus de logements où il vous faut un code pour rentrer à l’intérieur de la cour.

Qu’en est-il de ma propre expérience ?

L’école m’a très souvent aidé pour trouver une famille d’accueil ici en Russie. Au départ, comme j’ai déjà sans doute dû le mentionner, c’est une solution qui offre beaucoup d’avantages :
1.       Ne connaissant pas grand-chose  à la ville, vous ne seriez pas non plus très bien où chercher un logement. D’autre part, ne parlant pas la langue, il est assez difficile de parcourir les petites annonces à la recherche de quelque chose à louer ou de s’adresser à une agence immobilière. D’autant plus que dans ce cas-là, vous aurez à payer une importante commission à l’agent qui vous aura trouvé quelque chose. Elle peut se monter à un mois de loyer. C’est une bonne manière de découvrir la culture russe, de voir comment vivent les gens au quotidien et également, cela vous pousse à parler le russe à la maison, gage d’un apprentissage plus rapide.
3.       Dans une famille d’accueil, vous n’avez à vous occuper de rien, ce qui vous laisse plus de temps pour vos études (ou vos loisirs)

Confrontons à présent ces beaux principes à la réalité du terrain.

La première famille d’accueil dans laquelle j’ai été, c’était Valentina. Ceux qui ont une bonne mémoire se rappelleront que j’y ai à maintes reprises fait allusion.

Dressons le portrait de ce personnage : Valentina, la soixante, pensionnée, habitant dans un appartement communal près d’Apracsin Dvor, le grand marché où s’écoulent tous les produits venant de Chine et des anciennes républiques soviétiques. Elle s’est mise en tête que sa mission était de s’occuper des étudiants que lui confiait l’école, et rien ne pourrait la distraire de ce but. Elle prend sa mission très à cœur, donc n’essayez pas de l’aider pour la moindre chose, de prendre la moindre initiative à la maison, cà fait partie de son « job description ». Au mieux, elle va penser que vous essayer de l’aider et va refuser, au pire elle va croire que vous prenez une initiative car vous n’êtes pas content du service qu’elle offre, et là elle va commencer à discuter pendant 10 minutes avec vous en russe, oubliant que vous venez d’arriver et que vous ne comprenez donc rien à ses paroles (d’ailleurs vous n’avez pas toujours envie de comprendre ce qu’elle dit). Un des problèmes avec elle, c’est qu’elle croit qu’elle a toujours raison, qu’elle va vous donner des conseils pour tout et n’importe quoi et surtout qu’elle a tendance à raconter toujours la même choseLe nombre de fois que je n’ai pas entendu que la vie était dangereuse à l’extérieur ou qu’elle se plaignait de ne pas recevoir assez d’argent pour nourrir, que les produits étaient chers. C’est un autre point de discussion avec Valentina, un sujet à éviter soigneusement : l’argent. Je me suis toujours demandé où elle planquait son argent… Vu sa méfiance envers tous, je ne peux m’imaginer qu’elle le dépose sur un compte en banque. La plupart des Russes ayant vécu les crises bancaires des années 90, où les banques faisaient faillite du jour au lendemain, et où les gérants partaient avec l’argent, il y a depuis lors une certaine méfiance par rapport au système bancaire. Parce que malgré son discours et malgré les apparences, de l’argent, elle en avait. Je l’ai d’ailleurs toujours comparée à la vieille usurière dans le roman de Dostoevskii, « Crime et châtiment ». A présent, connaissant le prix des denrées au supermarché, sachant le prix d’un appartement communal, et également combien reçoivent les familles d’accueil, je me dis réellement qu’elle se faisait de l’argent sur notre dos. Elle recevait 650 roubles par jour pour nous loger et nourrir, en utilisait au maximum 60 pour nous nourrir (le nombre de fois où j’ai mangé des pelmenis et des varenikis surgelés, ou des pâtes sans sauce avec 3 saucisses « Zwan » comme garniture), 100 ou 200 pour nous loger et gardait le reste pour elle… Sachant qu’elle avait 3 chambres à louer vous pouvez calculer l’argent qu’elle se faisait par mois…

A part le fait que l’on n’y mange pas comme dans un restaurant 3 étoiles, comment vit-on dans un appartement communal ?

En hiver, c’est une expérience de vie assez surprenante. Le chauffage ainsi que l’eau chaude étant deux choses gérées de manière centrale, il ne vous est pas possible de changer quelque chose à la température intérieure. Pour éviter que les gens aient froid, la centrale d’eau chaude vous envoie via les canalisations ses milliers de joules et après vous vous débrouillez pour réguler la température en ouvrant la fenêtre s’il fait trop chaud. En hiver, quand la température descend à -20 ou -30°C, on se promène en t-shirt à l’intérieur. 

D’après ce que j’ai lu sur le sujet, les bâtiments durant la période soviétique étaient construits pour garder la chaleur, ce qui en hiver est fort agréable mais qui pose des problèmes en été, comme on le verra plus tard.
Le problème principal selon moi est que ces appartements ne sont pas entretenus comme il devrait l’être. Les locataires paient des charges pour l’eau, le chauffage, le téléphone, mais ces montants sont assez faibles par rapport au coût réel des charges, d’autant plus qu’ils semblent avoir été laissés à l’abandon pendant de nombreuses années. Il y a quelques mois, j’avais lu dans les journaux qu’ils envisageaient une réforme de ce système, ce qui allait faire augmenter le montant des charges, mais vu les montants nécessaires (on parle de milliards d’euros), je pense que sans une aide massive du gouvernement, rien ne pourra se faire. Comme les gens sont locataires, d’une part et que d’autre part la plupart ne connaissent pas leurs droits, dès qu’il y a un problème, c’est plutôt grâce à la débrouille que cela se règle.

Sinon, dans mon premier appartement, on peut dire que c’était le règne du « тихо » (doucement, calmement). Par peur sans doute de casser quelque chose, tout devait être manipulé avec précaution… On ouvrait la porte « doucement », ainsi que les robinets d’eau dans la douche, les fenêtres (mention spéciale pour les fenêtres, qui étaient dans un état tel qu’elle n’osait pas les ouvrir de peur de ne pas pouvoir les refermer). De plus, on devoir s’asseoir bien au milieu du lit, et pas sur les bords, de peur de casser quelque chose. On savait également à l’avance ce qu’on allait manger, vu qu’elle préparait à manger pour deux jours (au moins)
Bref, ce n’était pas terrible, et après 3 mois, j’ai déménagé vers une autre famille d’accueil.
Cela s’est fait au alentour du 14 février, un dimanche je pense. J’ai déménagé pour aller vivre chez Max et sa copine.

Une chose qui est surprenante ici, c’est qu’il ne faut jamais se fier à l’extérieur d’une maison, ni même à la cage d’escalier pour savoir ce que vous trouverez à l’intérieur de l’appartement. En règle générale, les cages d’escalier sont assez mal entretenues, même dans les nouveaux bâtiments. Je pense que cela vient du fait que l’on vous livre l’appartement « brut » quand vous achetez. Je ne sais pas à qui appartiennent les parties communes, mais j’imagine que les gens se préoccupent d’abord de l’aménagement de leur logement avant de s’occuper de la cage d’escalier.

Ici, les choses étaient un peu différentes par rapport à l’ancien appartement. Premièrement, ca semblait beaucoup plus moderne et mieux entretenu ; d’autre part, l’aménagement intérieur était lui aussi bien différent. Par contre, j’allais vite me rendre compte que face à la machine administrative, la réaction des occupants étaient toujours plus ou moins la même… une sorte de fatalisme mélangé à de la débrouille. Ici aussi, l’hiver avait fait des dégâts. Vous vous rappelez sans doute de mon aventure la veille du jour de l’an, lorsque l’eau s’était mis à couler du plafond : ici aussi, il y avait eu quelques fuites dans le salon. Le plus étonnant est que, étant donné qu’il fallait faire appel à la municipalité  (en tout cas au propriétaire) pour arranger le plafonnage qui avait bien souffert, rien n’a été fait. Durant les trois mois de mon séjour, j’ai pu voir chaque matin les dégâts qui avaient été provoqués par le trop-plein de neige sur le toit et presque rien n’a été entrepris pour changer la situation. Et pourtant, après avoir eu une conversation fort passionnante avec une juriste, je me suis rendu compte que des solutions existaient.

J’ouvre ici une parenthèse par rapport à la problématique du logement pour parler de la relation que les gens ont avec la justice. Je pense sincèrement qu’il y a de nombreuses lois utiles en Russie, sur lesquelles pourrait s’appuyer la population civile pour changer le cours des choses. Malheureusement, peu de gens sont au courant de leurs droits et osent se plaindre ou porter certaines affaires en justice. Je pense que c’est dû à une certaine résignation, accentuée par la corruption à tous les niveaux de la société et peut être aussi au fait que les gens ne sont pas éduqués ou entraînés à la contestation.

La goutte qui a fait déborder le vase…

Il y a quelques semaines, on m’avait demandé à l’école si j’étais d’accord qu’un autre étudiant loge chez Max et sa copine. Un peu surpris par la question, je répondis que pour moi il n’y avait pas de problèmes, mais qu’en pratique, je ne voyais pas très bien comment on allait se débrouiller avec deux chambres pour tout ce monde. Pensant que la discussion était close, quelle ne fut pas ma surprise lorsque Max m’annonça un jour qu’un étudiant belge était sur le point d’arriver et allait habiter l’appartement durant un mois. Bien évidemment, nous n’avions pas discuté ensemble de la question des chambres et il pensait sincèrement que j’allais partager ma chambre avec ce nouvel étudiant. Après avoir opposé un refus ferme mais poli, et bien entendu lorsque le nouvel arrivant était déjà là, il a été décidé qu’en attendant, il dormirait dans le salon. Bien que ce soit la pièce la plus grande de l’appartement, elle manque un peu d’intimité pour être considérée comme une chambre et ne peut donc que servir d’appoint en attendant une solution définitive.
Le soir même, les problèmes commençaient déjà, avec la copine de Max qui lui a bien fait comprendre qu’on ne peut pas faire dormir le nouveau dans le canapé, mais à moins qu’elle lui propose sa chambre, il n’y avait pas beaucoup d’autres solutions…

Au fait, il ressemble à quoi ce nouveau allez-vous me demander…

Il est belge, bruxellois pour être plus précis, je dirais même faisant partie de la minorité flamande de Bruxelles (une espèce rare je vous disais). Il est rédacteur en chef d’une revue culturelle (dont j’ai déjà oublié le nom) plutôt chic, en tout cas imprimé sur du joli papier, pas vraiment du style « presse à scandale » mais plutôt quelque chose comme « National Geographic » ou « GEO ». Il parle plusieurs langues slaves, dont le polonais et le russe. Je vois que vous vous posez la même question que moi : que vient-il faire ici et surtout, pourquoi dans mon appartement ?

Comme je n’ai pas vraiment réussi au bout de son séjour à répondre à la première question, je vais commencer par la seconde.

Il n’était tout simplement pas prévu qu’il arrive de ce côté-ci de la ville, mais le sort en a décidé autrement. En effet, la personne chez qui il devait loger ayant eu un problème de santé juste avant son arrivée, il devenait impossible de dormir là-bas. Par la suite, l’école a essayé de lui trouver un autre point de chute : le premier était dans une famille située assez loin de l’école, ce qu’il a refusé, la seconde étant chez Max. C’est donc un concours de circonstances qui l’a amené dans cet endroit. Pour répondre à la seconde question, je dois vous avouer que je suis assez perplexe quant à la logique de son séjour à l’école, en tout cas dans un cours de groupe. Le souci, c’est qu’il est clairement plus fort que nous tous, y compris Vladimir qui est pourtant Russe d’origine et qui est venu ici pour apprendre la grammaire. Pour vous donnez une idée de son niveau, il lit Tourgueniev en version originale et écrit des poèmes pour sa copine russe. Autant vous dire que lorsque l’on corrigeait les travaux en classe, et qu’il nous présentait ses poèmes ou sa prose, peu de gens comprenait ce qu’il racontait.
En ce qui concerne le logement, la situation n’a pas duré très longtemps, le second belge étant arrivé le samedi et en milieu de semaine, je déménageais vers une autre destination…

On m’avait en effet proposé une chambre dans un appartement loué par Vladimir (le Russo-New-Yorkais) et Manuel (l’Italien) situé en plein centre ville, en face de la cathédrale de Notre-Dame-De-Kazan, à une centaine de mètre du métro. Je vous passe les détails sur la manière dont ils avaient trouvés cet endroit (via des connaissances de Vladimir, mais en Russie, tout se fait via les connaissances), mais comme l’appartement était constitué de 2 chambres, d’une cuisine et d’un salon et que Vladimir avait accepté de dormir dans le salon pour que chacun puisse disposer d’un appartement en plein centre-ville à un prix relativement peu élevé, c’est avec plaisir que j’ai accepté cette proposition. Il était idéalement situé dans une cour intérieure assez calme et d’autre part cela me redonnait un peu d’indépendance après 6 mois durant lequel j’étais considéré comme un « invité » dans les familles où j’ai logé.

Nous étions à la mi-mai, le soleil était radieux, les journées devenaient de plus en plus longues et j’allais habiter dans un endroit en apparence fort sympathique. Tout semblait donc sourire pour moi, mais dans les semaines qui allaient suivre, j’allais découvrir les côtés plus sombres de la colocation.
Avant de décrire les évènements qui m’ont poussé à partir de cet endroit et tenter une quatrième et dernière colocation en moins d’un an, il est utile je pense de décrire ce charmant appartement, nous aurons le temps par la suite de nous attaquer au vif du sujet. Comme je le disais plus haut, il est situé dans une grande cour intérieure où l’on trouve un jardin d’enfant. En sortant de cette cour, vous vous trouvez nez-à-nez avec le canal et la cathédrale de Kazan. Je pense que la présence de cette structure d’accueil pour les enfants est un avantage : en effet, contrairement à d’autres endroits que j’ai visités, tout semble bien entretenu à l’intérieur, il y a toute la journée de l’activité dans la cour et le soir, on voit de temps en temps apparaître un gardien. Au niveau des bâtiments, ils sont en bon état, contrairement aux autres immeubles que j’avais déjà vu ce qui est également une bonne surprise. Bien entendu, le prix au m² est sans doute un peu plus important ici qu’ailleurs, nous payons 750 euros pour une surface de 60 m² environ. L’intérieur est également soigné, pas de cages d’escalier vieillottes ici, tout a été repeint récemment. Au niveau de l’intérieur, l’appartement a aussi été rénové : deux chambres de taille moyenne, un salon, une cuisine ainsi qu’une salle de bain.
J’avais hérité d’une des deux chambres et je me sentais bien installé dans mon nouveau logis : je pouvais me rendre à l’école à pied, en longeant le canal, tout était à portée de main, seulement à quelques minutes de marche et pour couronner le tout, je m’étais remis à cuisiner, essayant d’inculquer quelques notions de cuisine à mes colocataires. Les premières semaines se déroulèrent donc parfaitement, malheureusement un point auquel je n’avais pas attaché assez d’importance s’est rappelé à mon bon souvenir, et ce, de façon assez envahissante: qui dit colocation dit partager un espace commun, et ce avec des gens qui n’ont pas forcément les mêmes habitudes ou le même rythme de vie que vous, bref j’allais en apprendre beaucoup sur les manies, us et coutumes de mes colocataires. En général, la colocation peut se passer de façon satisfaisante, chacun ayant des habitudes différentes, mais un horaire et des buts plus ou moins similaires. J’avais déjà passé 6 mois dans une résidence universitaire à Lyon, ce n’était donc pas la première fois que je tentais l’expérience, mais j’ai vite dû constater que nos objectifs et habitudes de vie divergeaient, en particulier avec Manuel, l’étudiant italien. Je sais que ce n’est pas bien de véhiculer des préjugés, mais dans le cas présent, je ne peux pas faire autrement, le personnage étant un concentré de préjugé. Vous pouvez me faire une liste avec toutes les remarques que vous pourriez faire à l’encontre des Italiens, basé sur votre vécu ou simplement ce que vous pensez ou avez entendu… Je peux vous assurez que la majorité des critères coïncideront avec les caractéristiques physiques et morales de notre cher Manuel : bruyant, un peu négligent, peu travailleur, se nourrissant exclusivement de pâtes (deux fois par jour), coureur de jupons…

Et c’est bien entendu la première caractéristique qui m’a le plus dérangé : pourquoi un Italien, quand il parle, doit élever la voix de 20 dB supplémentaires que toute autre personne ? Sans rire, un jour, discutant avec un de ses compatriotes dans un des couloirs de l’école, on a dû leur demander de quitter l’école pour laisser les autres groupes et le personnel de l’école se concentrer. Si vous ajoutez à cela qu’il rentrait chaque soir vers 23h après la salle de fitness, moment qu’il choisissait pour cuire ses pâtes et discuter avec Vladimir, qui en règle général n’avait rien demandé, et ce, jusqu’à 1h ou 2h du matin. Quand votre chambre se trouve à côté et que mêmes les voisins doivent entendre leurs conversations, je vous mets au défi de vous endormir dans de telles conditions. Et finalement, c’était ça le plus énervant, c’est qu’il n’accordait plus aucune importance aux cours, aucune raison pour lui donc d’aller dormir et laisser les autres dormir à une heure raisonnable, de toute façon, il dormait en classe et en revenant des cours l’après-midi. Après avoir essayé de négocier, de lui faire entendre raison, en arguant que contrairement à lieu, j’avais moi des objectifs académiques et que je n’allais pas jeter l’argent des cours par les fenêtres, j’ai bien dû me rendre à l’évidence :impossible de rester dans de telles conditions, malgré tous les avantages de cette localisation centrale. Je peux vous affirmer que si j’avais eu un travail, ou gagné à la loterie, j’aurai loué cet appartement pour moi tout seul, j’aurai transformé la seconde chambre en bureau pour donner mes cours de langue et j’aurai pu y couler des jours heureux.

Durant cette période, une autre mésaventure m’est également arrivée, qui n’avait rien à voir avec les locataires mais plutôt avec les habitudes de fonctionnement de la municipalité. Comme vous pouvez vous imaginer, une partie des infrastructures de la ville date de la période soviétique, notamment le réseau de canalisations. Bien entendu, j’imagine que depuis, certains changements ont eu lieu, mais comme je vous le disais précédemment, c’est encore une décision centrale qui organise le chauffage des maisons. Celui-ci est réalisé grâce à l’envoi dans les tuyaux d’eau chaude, qui vient réchauffer tous les habitants. Comme il est primordial que ce système fonctionne en hiver, lorsque la température descend jusque -30°C, les travaux d’entretien se produisent au printemps, durant le mois de juin pour être précis. Durant cette période, la municipalité coupe l’eau chaude à tous les habitants d’un quartier afin de procéder à l’entretien nécessaire. Chaque quartier est ainsi victime l’un après l’autre de ces désagréments. On nous en avait parlé, mais je n’y ai vraiment crû que lorsque j’ai vu l’annonce placardée sur la porte principale, indiquant que nous n’aurions pas d’eau chaude durant les deux prochaines semaines. Le premier jour, je pense que j’ai simplement pris ma douche à l’eau froide, comme les Spartiates. Le second, ayant remarqué que nous avions un chauffe-eau, j’ai essayé de le mettre en place, sans résultats probants malheureusement. J’ai alors commencé à faire chauffer de l’eau dans de grandes casseroles, devenant ainsi le roi des douches écologiques (10L pour une douche). Par la suite, nous avons tout de même réussi à faire fonctionner le chauffe-eau, qui malheureusement ne contenait pas assez d’eau que pour prendre plus qu’une douche (et encore, rapide la douche !) et qui prenait des heures à se recharger. 
Autant vous dire que lorsque tout ça s’est terminé, j’ai savouré mes douches. Cela se passait mi-juin et comme je vous le disais, je passais mes derniers jours dans cet appartement. En effet, me préparant déjà pour mon test de russe que j’allais passer dans quelques semaines à l’université et considérant que quelques bonnes nuits de sommeil me feraient du bien, je me suis donc adressé à l’école, afin de pouvoir retourner dans une famille d’accueil. A la base, mon idée était de trouver un appartement dans le centre ou à proximité d’une station de métro, mais peu de gens sont prêts à s’engager pour quelques mois seulement. Heureusement, le staff d’Extra-Class a encore une fois réussi à résoudre le problème et en moins d’une heure, j’avais retrouvé un endroit où loger.

La dernière semaine de juin, je me suis donc retrouvé dans le dernier logement que j’allais occuper durant mon séjour en Russie. Et on peut dire que je n’ai pas eu trop de difficultés pour déménager, le nouvel immeuble se trouvant à 1km de l’ancien, dans une petite ruelle qui part de la célèbre « place aux foins ». On peut donc dire que lors de mon séjour, j’aurai presque toujours habité dans le centre et plus précisément là où Dostoïevski a placé l’intrigue de son roman « Crimes et châtiments ». Si dans mon premier logement, j’avais de bonnes raisons de me comporter comme l’étudiant Raskolnikov, comme je vous l’ai expliqué plus haut, ici tout s’est plutôt bien passé.

Ici, nous avons encore une fois la démonstration que l’habit ne fait pas le moine, ou en tout cas que l’apparence extérieure ne présage pas de ce que l’on va retrouver à l’intérieur. Dans la cour intérieure, le seul point à noter est la présence de nombreux chats, attirés par la chaleur des canalisations et de voisins généreux. Par contre, ce qui est agréable à voir en entrant dans l’appartement, c’est que la propriétaire a investi, notamment j’imagine grâce à l’argent de la location des chambres. Si dans ma première chambre, on se serait crû 40 ans en arrière, ici, la modernité était passée par là et le tout était beaucoup plus agréable à vivre.

Dans sa conception, il était assez semblable au premier appartement dans lequel j’avais vécu (j’imagine qu’à l’époque on en a construit des milliers), avec un long couloir et 3 chambres l’une à côté de l’autre. Par contre, au niveau du résultat visuel et du confort, il en allait tout autrement, grâce principalement aux travaux qui y avaient été entrepris. Dans la première chambre, vivait la propriétaire des lieux ainsi que son chat, quelqu’un d’assez calme et posé, plutôt orientée « bio », végétarienne. Dans la seconde chambre, il y avait deux étudiants d’une école d’art dramatique, qui de temps en temps répétaient dans leur chambre, ce qui au début était étrange, vu que je ne savais jamais au départ si ils répétaient ou s’ils débattaient à voix haute. Par la suite, une troisième personne est également arrivée dans cette chambre, mais qui a priori n’était pas étudiante. Je ne sais pas si c’était un membre de leur famille, une étudiante plus âgée, leur agent… Dans la troisième chambre, plus petite, il y avait un étudiant belge courageux, moi

En revenant dans une famille d’accueil, je retrouvais le système que j’avais déjà pu expérimenter auparavant, où les membres de la famille d’accueil préparaient à manger et partageaient le repas avec vous. Comme vous l’aurez sans doute remarqué dans mon titre, la propriétaire était végétarienne, ce qui supposait donc que moi aussi je ne mange pas de viande. Les premiers jours, cela ne m’a pas trop posé de problèmes, vu qu’elle cuisinait bien. Mais j’avoue qu’après une semaine, j’ai été m’engloutir un burger « triple bœuf » pour avoir ma dose de chair… J Après 10 jours, j’ai proposé de faire moi-même à manger, quitte à partager la table mais pas le repas. Finalement, c’est de cette manière que l’on s’est arrangé pour les mois de juillet et août, et en contrepartie je payais une contribution moins importante pour occuper la chambre et utiliser la cuisine et la salle de bain.  Et dans l’ensemble, tout s’est très bien déroulé. Au fil des semaines, de nouveaux locataires sont venus occupés la seconde chambre, mais toujours dans le respect de chacun et c’est ainsi que j’ai passé tranquillement les derniers mois de mon séjour en Russie.

vendredi 20 août 2010

quelques musées...


La semaine dernière, j’ai mis à profit les journées de samedi et dimanche pour me rendre au musée. Sachant que je vais partir d’ici la fin du mois et ne sachant pas très bien quand je reviendrai ici, j’ai fait ma petite liste de choses à faire avant de partir. Parmi celles-ci, il y avait la visite de certains musées.

Je commence donc le samedi par me rendre au musée d’ethnographie. Pour être précis, il y a deux musées d’ethnographie dans la ville. Un consacré aux peuples de la Russie et qui se trouve non loin de l’Ermitage, le second, consacré aux peuples du monde, se trouve sur l’île d’en face, près de l’université. Il a été construit à la demande de Pierre Ier qui avait décidé de transférer sa collection personnelle et sa bibliothèque de Moscou vers la nouvelle capitale. Il fût le premier musée ouvert au public en Russie. Je vous invite à faire un saut sur le site web du musée, qui est fort bien fait (kunstkamera).

La visite commence par la présentation des esquimaux et des peuples du nord de la Sibérie. On raconte les expéditions entreprises au cours des siècles pour découvrir et ensuite coloniser ces terres. Au départ, les explications sont uniquement en russe, mais par la suite, je vous rassure, elles sont en anglais également. On part par la suite à la découverte d’autres cultures, via la présentation de vêtements, des reconstructions de village, des masques et autres artefacts.Tous les peuples et tous les continents sont mis à l’honneur dans ce musée. Ce qui m’a le plus impressionné, ce sont les tenues de samurais ainsi que leurs armes, les masques des différentes ethnies du sous-continent indien, mais aussi les maquettes de bateau venues d’Indonésie. Vous pouvez ajoutez à cela diverses expositions temporaires, dont une sur la route de la soie ainsi qu’une autre exposition photographique sur le Pérou pour compléter la visite des deux premiers étages. Le troisième étage est consacré à l’Académie des Sciences de St-Petersbourg au 18ème siècle. On peut y voir un matériel de petit chimiste (cela aurait plu à Tom et à Aurore) ainsi que divers autres instruments de mesure de l’époque. 

Malheureusement, le 4ème étage était fermé au public. C’est là que se trouve l’observatoire de l’Académie des Sciences. De là, on doit avoir une belle vue sur la ville… parce que je pense qu’à présent, espérer observer le ciel de cet endroit, avec la pollution lumineuse, c’est un peu un rêve fou. Il ne me restait donc qu’à rentrer chez moi et à me préparer pour ma visite du lendemain.
  
Dimanche, je suis allé une nouvelle fois au musée russe (cela doit être la 5ème fois depuis le mois de novembre) pour voir une intéressante exposition sur « le monde du travail vu par les artistes » (officiellement, cela s’appelle « hymne au travail » je pense) et qui présente toute une série de tableaux mais également d’affiches et de journaux de la période soviétique. A priori, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé, mais comme les salles consacrées à la peinture soviétique étaient en travaux à chaque fois que je me suis rendu au musée, je me suis dit que cela valait la peine de visiter cette exposition temporaire. Il y avait là des tableaux digne de figurer dans le bureau d’un directeur d’Arcellor Mitall ou des Forges de Clabecq. L’acier, le charbon, les mineurs, les travailleurs modèles de l’Union Soviétique. Ce n’est pas forcément très sexy, mais cela représente bien une tranche d’histoire de la Russie, celle qui s’est déroulée après la révolution de 1917 et la guerre civile, les années 30 et 40, avec la course à l’industrialisation lourde, les projets pharaoniques de Staline. C’est d’autant plus important que cette période a eu une forte influence sur la modélisation du tissu économique russe. Cette politique d’industrialisation lourde produit encore ses effets aujourd’hui, et pas seulement en Russie, mais dans les autres pays de l’ex-empire soviétique. Comme vous le savez, c’est le parti qui contrôlait toutes les sphères de l’activité économique en Russie, mais également de la science. On peut dire que tout était imprégné de l’idéologie bolchévique. Si pour certains domaines bien précis, on peut dire que le système soviétique a enregistré certains succès, comme pour l’enseignement notamment, dans d’autres cas, ce fut une véritable catastrophe, allant parfois à contre-courant de l’histoire et du progrès. Saviez-vous par exemple que Staline fit interdire la génétique et la cybernétique ? Et que sans le « prétexte » de la bombe atomique, certaines branches de la physique comme la relativité générale et la mécanique quantique auraient également été mise à l’écart par le pouvoir soviétique.
Mais je reparlerai de ces anecdotes de la vie durant la période soviétique dans un autre article.

En face de l’exposition consacrée au travail, se tenait une expo d’art moderne intitulée « Le ciel dans l’art ». Comme vous pouvez vous en douter c’était beaucoup plus drôle. Beaucoup de bleu dans les tableaux, un peu de blanc aussi pour les nuages… Des photos très sympas aussi, bref assez éclectique comme exposition. Le plus drôle était sans doute la projection d’un documentaire sur les aurores boréales. Je me suis assis là deux minutes, c’était en effet très joli. Par contre, il y a des gens qui restaient là des heures, comme hypnotisés. Pour mon prochain voyage, il faut que j’aille voir les aurores boréales :-)

Comme vous aurez eu l’occasion de voir, le temps en Russie s’est sensiblement rafraîchi, abandonnant une zone de chaleur tropicale pour un temps plus conforme à la saison. A St-Petersbourg, qui au niveau du temps ne diffère pas beaucoup de Bruxelles, cela veut dire qu’après quelques journées de soleil, la pluie vous attend, prête à vous tomber dessus au moment le plus inopportun, c'est-à-dire, lorsque vous avez oublié votre parapluie chez vous. Après quelques centaines de mètres, et malgré le fait que je m’étais dépêché pour rentrer, je me suis fait 
rattraper par une pluie digne de chez nous, drache nationale. Le temps que je trouve un endroit pour m’abriter, il était déjà trop tard, c’est pourquoi j’ai décidé de parcourir les quelques centaines de mètres qui me restaient sous la pluie, comme si je prenais une douche tout habillé.
L’accès gratuit aux musées et la grande diversité de ceux-ci, cela va me manquer quand je vais rentrer en Belgique.

samedi 14 août 2010

Щелкунчик

Pour lutter contre la chaleur estivale, pourquoi ne pas se plonger dans la magie et la féerie d’un conte d’hiver ? C’est ce que j’ai fait ce vendredi 13 août. Les superstitieux se seraient sans doute barricadés chez eux, mais vu la foule qui se promenait dans les rues hier, je suppose que les gens ici ne sont pas frappés par ce genre de superstition (par d’autres sans doute, vu le nombre d’icones que l’on retrouve un peu partout). C’est au théâtre Mikhailovski que je me suis rendu pour assister à la représentation de « Casse-Noisette », le célèbre ballet originellement chorégraphié par Lev Ivanov et dont la musique a été composée par Tchaikovski. Il a été présenté pour la première fois en 1892 à St-Petersbourg au théâtre Mariinsky. Comme je vous le disais précédemment, l’été est le moment où sont joués les grands classiques du ballet. Au théâtre Mikhailovski se produit actuellement une troupe de ballet (Jacobson Ballet) qui joue durant le mois d’août divers classiques comme Лебединое Озеро (Le lac des Cygnes), Щелкунчик (Casse-noisette), Ромео и джульетта (Romeo et Juliette) et Спартак (Spartacus).

Que raconte ce ballet ?

Pour une version détaillée de l’histoire, vous pouvez aller lire l’article sur Wikipedia ou pour les courageux lire le conte d’Hoffman (en allemand pour les très courageux)

Pour les autres, il s’agit d’un conte de noël dans lequel on parle des préparatifs de la fête, de mystérieux cadeaux qui s’animent comme par magie, de souris et surtout de rêves d’enfants… Comme pour le lac des cygnes, la musique a été reprise dans de nombreux films et en assistant au ballet, vous reconnaîtrez donc des airs familiers, comme par exemple celui-ci. Sachez enfin qu’en parlant d’adaptation, certaines musiques et scènes du ballet ont été reprises dans le film d’animation de Walt Disney « Fantasia ».

Mes impressions

Le lieu du spectacle joue évidemment un rôle dans le fait que vous apprécierez une pièce, un ballet. Je dirais que ce théâtre par sa beauté rajoute à la magie du spectacle. C’est un des théâtres impériaux (avec le Mariinsky et le théâtre Alexandriinsky) et les autorités locales ont su restaurés à merveille ce lieu culturel. Pour vous donnez une idée, la salle ressemble à celle de l’opéra de la Monnaie. Détail amusant, comme à l’époque du tsar la langue française était très appréciée et parlée à la cour et par l’aristocratie russe, les noms russes pour désigner les différents endroits de la salle sont des noms d’origine française : on parlera donc de parterre, de baignoire, de bel étage et de loge.Il n’y a que pour les étages supérieurs, là où les nobles ne s’aventuraient sans doute jamais, que les noms utilisés sont d’origine. A l’heure actuelle, même si le prix des places ici est beaucoup plus accessibles (il y a souvent des réductions pour les citoyens de la fédération de Russie), beaucoup de gens ne s’aventurent encore que dans les étages supérieurs. Pour ce spectacle-ci, il n’y avait malheureusement pas de réductions (je suis considéré comme un étudiant russe et par conséquent ai droit aux prix avantageux) mais le spectacle valait largement le prix que j’ai payé.

Une fois assis à ma place, et ayant remarqué qu’il y avait cette fois-ci beaucoup moins de touristes étrangers, je suis prêt à être émerveillé. Et l’on peut vraiment parler de féerie en ce début de spectacle. En faisant abstraction du monde qui nous entoure et en se concentrant sur le ballet et la musique, on se sent transporté au 19ème siècle, dans une riche maison bourgeoise où l’on termine les préparatifs de noël. L’histoire est censée se passer en Allemagne, mais moi cela m’a fait pensé à un noël anglais, à une ambiance comme décrite dans « Peter Pan ». Dehors il neige, à l’intérieur trône un grand sapin, une vingtaine d’enfants jouent et soudain arrive le moment de la distribution des cadeaux par l’oncle de la famille. Parmi les cadeaux un grand soldat de bois mécanique… qui durant la nuit s’animera dans les rêves de la jeune fille qui a reçu ce cadeau. Pour ceux dont l’imagination est plutôt orientée vers les choses anciennes, tout cela ressemble à une scène dans un magasin de jouets en bois du 19ème siècle. Pour ceux qui sont plutôt orientés films d’animation, imaginez-vous dans Toy Story. Par la suite, l’histoire se poursuit dans les rêves de la jeune fille, on voit apparaître les souris, les jouets commencent à s’animer… Dans un autre genre, on pourrait rapprocher cette féerie d’Alice aux pays des merveilles.

Encore une fois, c’est vraiment la musique qui a aidé à me transporter dans la magie de l’histoire. Je ne pense pas que la danse m’intéresse à ce point que pour vraiment apprécier certaines performances techniques des danseurs. C’est plutôt en regardant la scène comme un tableau, en le considérant dans son ensemble et en le voyant s’animer que la magie commence à mon sens à agir. C’est donc quand il y a un grand nombre de danseurs et ballerines sur scène et que la chorégraphie forme un océan de mouvements et de couleurs que je me laisse emporter par la féerie du ballet. Par contre quand il y a des performances techniques solo ou en duo, ce sont plutôt les gens du parterre qui applaudissent.
Dans l’ensemble j’ai vraiment beaucoup apprécié le spectacle et d’ailleurs je vous conseille d’aller voir ce ballet. Fred m’informait justement que se tiendra en décembre plusieurs représentations de ce spectacle à Bruxelles. Je pense que c’est réellement la période idéale pour aller le voir.

Quant à moi, vous serez dans quelques semaines si j’ai succombé à l’appel d’un autre ballet ou si je me suis tenu sage en attendant mon retour en Belgique.

samedi 7 août 2010

Le lac des cygnes


Même ceux qui n’ont jamais été voir ce ballet, ou n’ont jamais écouté la musique de Tchaikovsky chez eux, reconnaîtront cette musique en l’entendant ; il s’agit du « Lac des cygnes » (Лебединое озеро), ballet que j’ai été voir ce dimanche 1 août. Pourquoi un ballet me direz-vous ? La première raison est d’ordre purement pratique… En été à St-Petersbourg, la saison théâtrale s’arrête et ne recommence qu’en septembre, ce qui laisse le temps aux artistes de se reposer ou de partir en tournée participer à différents festivals. Lorsque Dan est venu il y a deux semaines, j’ai d’ailleurs raté le dernier opéra de la saison au Marinsky « Prince Igor ». Un conseil donc pour ceux qui viendraient ici pour profiter de la grande qualité de la scène théâtrale locale : en août, ça ne sert à rien de venir.

Ou alors, il faut être comme moi un peu curieux, ou amateur de ballet. Et pour ceux là, l’offre est abondante. Le jour où je me suis rendu au ballet, on proposait « Le lac des cygnes » dans trois endroits différents. C’est donc par curiosité que je me suis rendu au « Театр Музыкальной Комедии » (théâtre de la comédie musicale, en français) pour assister à mon premier ballet. 

Et je n’étais pas le seul dans ce cas… c’est en effet par car entier que les touristes sont amenés au ballet. Dans mon théâtre, c’était principalement des touristes chinois. Moi qui avait fait un effort sur l’habillement, vu le lieu, il me semble que mes camarades étrangers n’ont pas eu la même délicatesse, en tout cas pas les Chinois ni les Anglais. Quelqu’un peut-il m’expliquer l’utilité de mettre des chaussettes quand on porte des sandales, et que par ailleurs il y a 25°C ? C’est très drôle, comme le théâtre accueille principalement des touristes en été, on y vend des cartes postales et d’autres souvenirs. En tout cas, le bâtiment est vraiment splendide, l’intérieur est aussi luxueux qu’un palais et la salle de concert magnifique. Je ne puis que vous recommander d’y faire un tour si vous passez par ici.

Quant est-il du ballet me demanderez-vous ?

Je partais avec un a-priori pas tout à fait positif, l’idée de regarder et écouter durant deux heures des danseurs faisant des pointes et autres gestes techniques sur de la musique classique ne m’inspirait pas beaucoup. Et bien j’avais entièrement tort. Dès le début, on se laisse emporter par la musique de Tchaikovsky et les mouvements harmonieux des danseurs et ballerines. En parlant de ballerines, certains se rappelleront sans doute le film « Les poupées russes » dont l’action se passe en partie à St-Petersbourg. Un des personnages tombent amoureux d’une ballerine russe en tournée à Londres et décide d’apprendre le russe avant de partir là-bas pour la séduire. Lors d’une des scènes, Xavier et William se retrouvent au ballet, Xavier essayant de reconnaître la future femme de William parmi toutes les ballerines… Et bien, à certains moments j’ai eu la même sensation… Durant certaines scènes, elles se ressemblaient toutes pour moi… Pour vous donnez une idée du ballet, voici une petite vidéo: seconde video
Je dois avouer que je n’ai pas vu le temps passer, en tout cas jusqu’à l’entracte. Par la suite, la musique est un peu moins prenante selon moi, mais cela reste très bien. Un détail assez amusant, c’est qu’il y a eu deux entractes. C’est un peu perturbant, car déjà les gens en temps normal ne savent pas très bien quand les différentes scènes se terminent et donc quand applaudir, alors un second entracte peut être la source de quelques cafouillages dans le public : c’est fini ou pas ? Je ne connais pas la fin de l’histoire donc comment savoir que c’est terminé ? Bizarre, il y a des gens qui semblent partir… De plus je n’ai pas bien compris pourquoi il y avait ce dernier entracte, vu qu’il ne restait pratiquement qu’une scène à jouer. Tout ça pour vous conseiller de ne pas trop vous pressez quand un spectacle semble se terminer, la vraie fin, c’est quand on apporte les fleurs aux artistes. 

En résumé pour 600 roubles (15 euros) vous avez droit à un spectacle de grande qualité, dans un endroit fastueux. Si vous ajoutez à cela qu’il ne faut même pas se presser pour acheter les places 3 mois à l’avance (l’offre est pléthorique, donc si vous vous procurez les places la veille ou le jour même c’est encore bon), un excellent plan culture comme il en existe heureusement de nombreux ici à St-Petersbourg.