Jeudi 17 décembre 2009 et fin de semaine
Cette fin de semaine est beaucoup plus calme, je me retrouve seul avec ma logeuse Valentina. Détail amusant, je déménage de chambre, pas seulement car Valentina veut récupérer une chambre plus grande, mais simplement car dans la grande chambre se trouve l’ordinateur de la maison. Ma logeuse serait-elle une « hardcore gamer », fan de « Call of Duty » ou de « World of Warcraft » ? Au risque d’en décevoir certains, non…. Ce serait évidemment très drôle de se savoir que chaque soir, elle s’en va revêtir sa cape d’elfe ou son habit de Shaman et qu’elle part tuer de l’orc dans les plaines d’Azeroth. Non, ma logeuse est tout simplement une fan de « solitaire » sur pc… :-) Je pense qu’elle est assez accroc, elle passe une bonne partie de ses journées à y jouer, en plus de regarder la TV. Vous pouvez donc imaginer sa joie lorsqu’elle récupera son ordinateur. Mais pourquoi ne pas avoir déplacé l’ordinateur me direz-vous ? Je vous répondrais que dans le monde de Valentina, certaines choses sont faites pour rester à leur place. Je pense qu’elle craint tellement une catastrophe, pas seulement avec l’ordinateur mais également avec les autres meubles de l’appartement d’ailleurs, qu’elle préfère laisser les choses là où elles se trouvent. Pour vous donner un autre exemple, elle n’ouvre jamais une partie des fenêtres (il s’agit d’un système de deux fenêtres successives et non de double vitrage classique) de peur de ne pas pouvoir les refermer.
Je me retrouve donc dans une chambre un peu plus petite, mais également plus jolie, sans les icônes au mur et la décoration un peu kitsch à la sauce soviétique. Et j’ai toujours droit à un téléviseur, où passe bien entendu les mêmes programmes qu’expliqués auparavant.
Dehors, la température est toujours négative et je profite encore du weekend pour me promener en ville et découvrir un des marchés de noël de la ville. Et oui, comme beaucoup de villes au monde, St-Petersburg a succombé à la mode des marchés de noël. Il se trouve près d’un parc, sous le regard bienveillant de la statue de Catherine II. On y vend toutes les bricoles habituelles dans des petites cabanes, du miel à la cochonaille, en passant par les DVD piratés. On y trouve également une grande patinoire, qui vu la température extérieure n’a sans doute pas besoin d’être maintenue gelée comme à Bruxelles ;-)
Détail amusant par rapport à ce parc; il s’agit en été d’un lieu de rencontre pour les homosexuels de la ville. Cela drague donc à fond à l’ombre de la statue de Catherine II, ce qui est assez normal, vu le nombre d’amants que lui prête les historiens.
Lundi 21 décembre 2009
Début de ma cinquième semaine de cours, nous sommes toujours deux étudiants en classe, prêt à affronter le froid et la neige, à déjouer les pièges et nous frayer un chemin à travers les subtilités de la langue russe. Aujourd’hui, c’est également l’anniversaire de ma sœur, qui s’apprête à venir me rendre visite pour fêter noël et mon anniversaire en famille.
Je me prépare donc à jouer plusieurs fois le taxi et guide touristique durant la semaine, ma maman arrivant le lendemain et ma sœur le jeudi.
Si en Russie il a énormément neigé ces derniers jours, la Belgique et d’autres pays européens n’ont pas été épargnés par la vague de froid hivernale, ce qui comme vous le verrez a eu des conséquences pour la suite de cette semaine.
Ici, même si les autorités et les services concernés ne sont pas toujours efficaces selon la population locale, je trouve que la situation n’est pas catastrophique au vu de la quantité de neige qui s’est abbatue sur la ville. Sur les grands axes, les voitures circulent, le traffic aérien ne semble pas être perturbé, bref on pourrait quasiment faire croire aux touristes que la situation est sous contrôle. Bien entendu, en se balladant en dehors des itinéraires vantés par les guides de voyage, la situation se complique quelque peu pour les piétons, et dans une moindre mesure pour les voitures. Comme vous pourrez le voir sur les photos, la neige atteint parfois 10cm ou plus, les plaques de verglas sont nombreuses (ou devrais-je dire, les endroits où le risque de tomber est réduit sont rares ?) et atteignent souvent 5cm d’épaisseur, bref le trottoir n’est pas vraiment un lieu accueillant durant les longs hivers russes.
Mardi 22 décembre 2009
Je suis un peu inquiet par l’évolution de la situation tant en Belgique qu’en Russie au niveau des conditions météorologiques. Ici, il neige depuis plusieurs jours et même si ce n’est plus le cas en Belgique, il semble que les autorités belges sont retombées dans leurs travers habituels. Peut être que le belge ne se considère pas comme un habitant du nord de l’Europe et agit donc en conséquence, mais à chaque grosse intempérie, tout le monde dans ce pays semble dépassé par la situation. Comme si la neige était un phénomène tellement exceptionnel en Belgique (mais à quoi servent donc ces camions d’épandage garés dans le garage ? Et tout ce sel, c'est pour les frites? Mais où est donc le camion de sauce Samurai?) que le moindre flocon paralyse toute circulation sur les autoroutes, empêche les avions d’atterir et plonge le pays dans un état léthargique prolongé. Au lieu de se payer des voyages d’étude en Californie ou dans d’autres contrées ensoleillées, je conseille à nos responsables de venir une semaine en Russie et de voir comment les différents services gèrent la situation avec des températures de -15°C, des chutes de neige quasi hebdomadaires et ce pendant plusieurs mois par an. Je ne pense pas que les vols en partance de Pulkovo (aéroport de Saint-Petersburg) aient eu à subir des retards… Ce qui ne fut pas le cas de Zaventem.
En ce belle journée de mardi, ma mère essaya donc de me rejoindre en avion à St-Petersburg pour fêter la noël et visiter la ville. Je vous passe les différents retards, mais sachez qu’il était prévu que le vol arrive à 16h00 ici. Après plusieurs heures d’attente, ma maman peut partir, trop tard néanmoins pour prendre sa correspondance à Prague. On la dirige donc sur un vol vers Moscou, dernière escale avant sa destination finale. Sachant cela, je rentre donc tranquillement chez moi, le vol n’arrivant qu’à 00h30 à l’aéroport.
Vers 23h00, je ressors pour affronter les températures hivernales et je m’engouffre dans le métro, en espérant que j’aurai encore un bus pour parcourir les derniers kilomètres me séparant de Pulkovo. Ca ne devait pas être mon jour, ni surtout celui de ma maman…. Qui rata sa correspondance à Moscou, et dû parlementer pendant plus d’une heure pour obtenir une chambre d’hôtel. Elle prendra donc en tout 24h pour parcourir les 2000km qui séparent la Belgique de la Russie… Autant sans doute que si elle avait été en Nouvelle Zélande…
Mercredi 23 décembre 2009
8.30 : je reçois un sms de ma maman disant qu’elle est arrivée. Bien entendu, n’ayant rien reçu avant, et suivant mes habitudes « russes », je sors seulement de mon lit JJ C’est donc le froid qui me réveillera, à défaut d’une douche
Dans la matinée, nous nous retrouvons et après avoir pris une douche (oui je précise sinon des gens malintentionnés pourraient croire que je ne me lave pas, moi qui ai la chance d’avoir mon « sauna » personnel à la maison ;-) et un petit-déjeuner, je lui montre l’école et le quartier dans lequel je vis, ses montagnes de neige, ses marchands, ses restaurants asiatiques. C’est également l’occasion pour moi de jouer mon rôle de dealer officiel de chocolat belge auprès des gens de l’école et de faire connaître la qualité de notre production chocolatière en leur proposant un large assortiment de produits.
L’après-midi sera consacrée à une première visite de la ville, à une promenade le long de Nevsky Prospect, du champs de Mars et des rives gelées de la Neva. Le soir, nous allons dans un restaurant russe, faisant partie d’une chaîne de restaurant. Ce n’est sans doute pas le plus typique, mais la nourriture est bonne. Et surtout, j’ai su commander en russe en me faisant comprendre ;-)
Jeudi 24 décembre 2009
Jour de noël, en tout cas pour nous, la fête orthodoxe étant décalée de 2 semaines par rapport à la fête chrétienne. Pour les Russes, c’est donc un jour normal, même si l’influence de la publicité et du marketing a fait apparaître dans les devantures des vitrines certains « Merry Christmas ». Mais comme je vous le disais, ceci n’est qu’un argument purement marketing, pour attirer les touristes ou faire vendre certains articles. Ici, pas de crèches, pas de dindes ni de marrons chauds, pas de père noël. Ou en tout cas, pas sous appellation père Noël. En Belgique, le mois de décembre est assez riche en fêtes et célébrations. Le 6 décembre, St-Nicolas arrive avec ses cadeaux et son chocolat, accompagné de Zwarte Piet. Quelques semaines après, Père Noël, son traineau et ses rennes se frayent un chemin à travers vos cheminées pour apporter cadeaux, dindes et soirées arrosées. Ici en Russie, c’est très différent.
D’une part car les Russes sont orthodoxes et d’autre part car la fête mise en avant durant la période communiste étant la célébration de la nouvelle année, c’est donc encore cette fête qui est le plus fêté ici de nos jours. Depuis la chute du communisme, il y a eu un regain important de l’influence de l’église en Russie, mais je ne suis pas capable de vous dire si la fête de noël est célébrée comme chez nous.
Tout ça pour vous dire que « geen Zwarte Piet, Sinterklas ou kerstman hier ». Mais, et là je dois me renseigner sur son origine, les Russes ont un « Ded Moroz », un « père gel », ce qui vu les températures polaires est une appelation qui ne m’étonne pas. C’est assez différent de chez nous car il n’a pas son jour dédié je pense, mais il est présent dans les histoires pour enfants, les publicités à la TV… Et bien entendu, il n’est pas accompagné de « Zwarte Piet ». En un mois ici, j’ai dû voir un black, donc on se rend bien compte ici que l’Afrique, c’est loin. Par contre, s’ils ont inventé Ded Moroz pour faire rêver les petits, ici, pour faire un peu rêver certains parents, ils ont inventé « Snegurochka », qui est la fille aînée de Ded Moroz. En Russie, les petits garçons se déguisent donc avec un costume rouge et blanc de Ded Moroz et les petites filles rêvent d’être la plus belle des « Snegurochka ». Pour les personnes intéressées, ils vendent des costumes de Snegurochka au magasin, qui ressemblent à un costume de mère noël en mini jupe J J’ai d’ailleurs vu quelqu’un avec ce genre de costume à l’Ermitage, mais ça, c’est une autre histoire.
Jour de noël, mais également le moment de l’année où je suis sensé me sentir un peu plus vieux. Même si apparemment je ne les fais pas (toutes les personnes interrogées ici m’ont donné un âge compris entre 23 et 28 ans), j’ai 32 ans aujourd’hui. Quand j’étais plus jeune (et moins grand aussi) je considérais les gens de 15 ans comme « grandes », je pensais devenir adulte à 18 ou 20 ans et je m’imaginais sans doute une vie rangée à partir de 25 ans… Une maison unifamiliale (la brique dans le ventre des Belges), une femme et deux enfants, une opel kadett blanche et un abonnement au câble TV. Maintenant que j’ai passé la trentaine, Opel est quasi en faillite, ma brique dans le ventre a dû se diluer sous les litres de thé et café que j’ai déjà dû boire, je suis encore loin d’assister à ma première réunion des parents à l’école…
Quant au mot adulte, je ne suis pas certain de savoir exactement le définir, je n’ai pas l’impression d’avoir changé quelque chose dans mon comportement, d’avoir été frappé par la foudre ou le saint esprit du monde des adultes. Sans doute que face aux événements, je m’adapte et je réagis en conséquence. Je n’ai pas de plan précis pour le futur, juste des idées et des envies, que j’essaye de faire correspondre le plus fidèlement possible à mon parcours.
Pour ceux qui pensait que la maturité arrivait automatiquement le cap des 30 ans passés, que j’allais m’abonner à « Test-Achats », m’acheter un Loden et postuler comme fonctionnaire au Ministère des Finances ou dans une banque, c’est encore raté… Il faudra encore attendre un an. Pour l’instant, c’est plutôt les accusatifs animés et autres « instrumentals » qui occupent mon esprit, la quantité de neige et la température de mon sauna. Quant à ce qui occupe mon regard, venez me rendre visite et venez découvrir par vous-même.
Pour l’occasion, un goûter avait été organisé à l’école. J’ai donc eu droit à mon gâteau, orné de 32 bougies, à une chanson russe chantée par Katya, Anna et Oleg et des cadeaux. Pour les curieux, il s’agit de 2 DVD « 8 en 1 » avec les films de deux acteurs connus en Russie. Je vais donc pouvoir me mettre à regarder de vrais films russes, et non plus des films d’actions holywoodiens doublés en russe. On me conseille d’ailleurs un des films pour le nouvel an. Il s’agit en français de « l’ironie du destin », un film qui est reprogrammé chaque année par la TV russe pour les fêtes de fin d’année, un peu comme « Le père noël est une ordure » chez nous. En échange je leur ai apporté des chockotoff, inconnu ici en Russie mais que Katya identifie comme ayant une origine russe, vu la terminaison en « -OFF » du patronyme. Qui sait, c’est peut être un bon argument marketing si « Côte d’Or » veut se lancer à l’assaut du marché russe. ;-)
Ce jeudi, c’est également le jour où arrivent ma sœur, mon beau-frère ainsi que mes deux neveux. Ils sont censés suivre le même horaire que ma maman et arriver en milllieu d’après-midi à St-Petersburg. Heureusement pour nous tous, ils ont eu malgré le retard à Bruxelles un peu plus de chance que ma maman et grâce à un excellent sprint à Prague, ils arrivent à prendre leur correspondance et arrivent donc selon l’horaire prévu. En sachant qu’ils avaient pris du retard sur l’horaire prévu à Bruxelles, je m’étais imaginé passer une partie de mon réveillon de noël à l’aéroport, en attendant un hypothétique vol venant de Prague ou de Moscou. Heureusement, il n’en est rien. Et c’est donc au restaurant que je passerai mon anniversaire. Nous ne sommes pas allés dans un établissement typique ; c’était plutôt une curiosité pour touristes, mais c’était sympa. Il s’agit du « café littéraire », où le préposé au vestiaire vous accueille en habit de Pouchkine, la salle où l’on mange rappelle également un intérieur « 19e siècle » et l’on y chante et joue du piano. Vous pouvez donc vous imaginer que j’ai surtout entendu parler anglais ou français aux autres tables et très peu le russe. En tout cas, nous y avons bien mangé.
Vendredi 25 décembre 2009
Le 25 décembre n’étant pas ferié en Russie, j’assiste donc aux cours normalement et ce n’est que dans l’après-midi que je rejoins ma famille sur la place Dvortsovaya. Les enfants s’amusent beaucoup avec la neige et j’essaie également de leur montrer les beautés architecturales du centre ville.
Après une courte ballade, nous décidons au vu des températures de nous réchauffer dans un café. Mais ce n’est que pour mieux repartir par la suite. En effet, en début de soirée, nous décidons d’aller manger des sushis dans le restaurant de la maman de Katya, une amie vivant à St-Petersburg. J’avais déjà été dans cet endroit, mais vous connaissez mon sens de l’orientation infaillible. Arrivé à la station de métro « Sportivnaya » et malgré les explications de Katya, j’ai réussi à emmener ma famille dans la mauvaise direction. Heureusement, je m’en suis rendu compte assez rapidement et après avoir reçu l’adresse exacte, j’ai su guider tout le monde à bon port. Si vous passez en ville, je vous le conseille, le cadre est très sympa, la nourriture est excellente et variée et pour un prix fort raisonnable. De plus, comme c’était encore un peu mon anniversaire, on nous a offert le dessert ainsi qu’une réduction sur l’addition finale. Katya (mon amie de Petersburg, pas ma prof ;-) est arrivée au moment du dessert et nous avons encore pu discuter jusqu’à la fermeture.
Malheureusement, en revenant à l’hôtel, en voulant acheter de l’eau pour ma sœur, je me suis rendu compte que j’avais perdu mon portefeuille L Ce n’est pas tellement l’argent qui était à l’intérieur qui était important mais plutôt les documents. Il y avait mes cartes de banque, que j’ai pu bloquer (ce qui est ironique quand on se rappelle l’aventure avec ma carte de crédit… Je venais de recevoir la nouvelle), ma carte d’identité belge ainsi que mon permis de conduire. Le seul point positif, c’est la nouvelle photo que j’aurai sur mon permis de conduire, qui remplacera avantageusement l’ancienne photo prise quand j’avais 17 ans ;-)
Heureusement, j’ai pu m’arranger avec ma sœur le lendemain, et je m’en sors donc à ma connaissance sans trop de complications administratives.
Merde, je suis abonné à Test-Achats... suis-je si encroûté que ça ??? bouhouuu...
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