mardi 12 janvier 2010

Une nouvelle année qui commence


Vendredi 1 janvier 2010
Que souhaiter pour cet an neuf ? Moins de choses moches et plus de moments agréables ? Pour ma part, si l’année prochaine, à la même époque, je suis capable d’écrire toutes mes bétises en russe, je serai extrêmement satisfait ;-)
En vous décrivant la fête de nouvel an, j’avais oublié que le nouvel an m’avait déjà apporté deux catastrophes supplémentaires. D’une part, le plafond s’est mis à percer, un peu comme s’il pleuvait dans ma chambre (идёт дождь comme on dirait en russe – c’est très intéressant, dans la langue russe, « идёт » induit un mouvement comme le verbe « aller » en français. « идёт дождь » signifie donc que la pluie fait un mouvement du ciel en direction de nos têtes (unidirectionnel), comme le fait la neige « снег ». Mais on peut également dire cela d’un film, d’une pièce de théâtre, toujours avec l’idée du mouvement qui déroule, c’est assez poétique je trouve, et pour des gens qui subissent autant de précipitations que les Belges, cela aide peut- être à faire passer la pilule)
Il y a eu en fait une telle accumulation de neige sur le toit qu’au bout d’un moment, l’eau est passé à l’intérieur de l’immeuble, et comme j’habite au dernier étage (bien qu’il y ait encore les combes au-dessous de moi) c’est malheureusement tombé chez moi. Heureusement, si les Russes ne sont pas les rois de l’entretien (l’immeuble appartient à la ville, il n’y a pas que chez nous que les logements sociaux sont délaissés) ce sont les rois de la débrouille. Avec plusieurs voisins, ma logeuse est montée sur le toit et a enlevé suffisament de neige pour arrêter l’écoulement.
L’autre fait d’arme de la journée s’est déroulé avec la machine à laver. Comme je ne puis utiliser la machine à laver (vous imaginez, je risque de cassez qqch ;-), c’est ma logeuse qui s’en occupe, tout en demandant au passage une contribution (un jour elle mettra un monnayeur devant les toilettes, comme le patron de Ryanair l’avait imaginé pour ses avions). Au plus j’apprends à la connaître, au plus elle me fait penser à un étudiant un kot : un peu fauchée, préparations culinaires digne d’un étudiant de première année (spaghettis ketchup/saucisse) et connaissance approximative de l’utilisation d’une machine à laver. Et encore, je pense qu’un étudiant en sait plus, sa maman lui ayant dit 1000000 de fois de ne pas mélanger les couleurs dans la machine. Je ne sais pas si c’était l’effet de la salade de la veille, ou peut-être du champagne, mais elle a tenté de laver un t-shirt rouge avec des t-shirts blancs. Quand je l’ai appris, j’ai eu envie de rééditer le début du scénario de « Crimes et châtiments » (en russe, « преступление и наказание ») : me sentant une âme de Raskolnikov, j’aurai tué la vieille usurière à coups de hache… Ca tombe bien, l’immeuble dans lequel est censé se dérouler l’action ne se trouve pas loin de chez moi ;-))
Pour échapper à la chaleur parfois oppressante de l’appartement, nous avons décidé, Katya et moi, de nous rendre à Krestovski Ostrov, dont je vous ai parlé précédemment. En ce lendemain de fête, vous pouvez vous imaginer qu’il y avait beaucoup moins de monde que le weekend précédent. Ou peut être est-ce simplement la température (-14°C) qui a découragé les éventuels promeneurs ? En tout cas, moi, je ne regrette pas d’y avoir été. La nature est vraiment superbe là-bas en hiver, tout semble s’être arrêté, le bruit semble étouffé par le froid et la neige. Comme vous avez pu le voir sur mes photos, on se croirait en forêt, il ne manque que quelques animaux  rencontrés au détour d’un chemin pour compléter ce tableau. Décor idyllique, certes mais nous ne sommes tout de même pas restés toute l’après-midi là-bas. Nous étions d’ailleurs assez heureux de trouver un snack ouvert, où nous avons pu prendre une boisson chaude tout en admirant les patineurs sur la glace.
Le soir, grand moment culturel en perspective, je regarde avec Katya un des films que l’on m’a offert pour mon anniversaire. Il s’agit de « ирония судьы », que l’on peut traduire par « l’ironie du destin » en français (je sais que les studios de cinéma engagent toujours les pires traducteurs pour traduire le titre des films, mais ici, la traduction est fidèle ;-))
Mais de quoi ça parle vous allez me demander ? L’idée générale est assez simple :
« Le film débute à Moscou, dans les années 70. Notre héros habite dans un bloc d’immeuble affreux, loin du centre-ville, telle que nos chers architectes des années 70 ont su en produire à la pelle (atomisez-moi cette décennie de M…). Nous sommes le 31 décembre et il s’apprête à passer une soirée en amoureux, bref tout va bien. Mais avant cela, il se rend, comme chaque année, au sauna avec ses amis. On découvre donc le sauna russe, où les pompes à biere sont installés à l’intérieur de l’établissement. Bien évidemment, pour améliorer l’ordinaire, et comme c’est la fête, chacun porte un toast à la vodka. Notre héros, qui n’a pas vraiment l’habitude de boire se retrouve donc « pompette ». Bien entendu, ses amis en profitent pour lui faire une blague et l’emmènent à l’aéroport, où ils le mettent dans le premier avion pour Leningrad (là on voit qu’à l’époque les contrôles étaient laxistes, essayez à présent de faire la même chose et de faire monter un passager ivre dans un avion…)
Notre héros arrive donc ivre mort à Leningrad. Ne se rendant toujours compte de rien, il prend un taxi et lui indique son adresse. Ici se trouve la première pointe d’ironie du film. A l’époque, les autorités ne faisaient pas vraiment dans l’originalité, il a fallu reconstuire énormément après la guerre, ce qui a eu comme conséquence que dans de nombreuses villes, on retrouvait les mêmes noms de rue, avec des immeubles semblables. Notre héros arrive donc devant un immeuble, et l’alcool aidant, il ne réalise toujours pas son erreur. Il monte jusqu’à ce qu’il pense être son appartement et bizarrement arrive à rentrer dans celui-ci (quand je vous disais que tout se ressemblait à l’époque ;-). L’appartement est vide et une fois rentré, il s’endort dans celui-ci. Les problèmes et quiproquos arriveront lorsque la véritable propriétaire de l’appartement rentrera chez elle.
Je n’ai pas tout compris en regardant le film, mais c’est assez rigolo, il y a pas mal de rebondissements, mais malheureusement cela se traîne un peu sur la fin (le film est en deux parties et dure plus de 3 heures). J’espère comprendre un peu plus la prochaine fois ;-)
Samedi 2 janvier 2010
Comme vous avez déjà pu le remarquer, mes samedis sont souvent culturels ;-) Pour ne pas faillir à la tradition, j’ai donc été au musée russe pour découvrir les salles que je n’avais pas eu le temps de voir la première fois. Après m’être intéressé aux icônes et à la peinture classique la première fois, je me suis attardé cette fois-ci sur la peinture de la fin du XIXe siècle et à celle du Xxe siècle. J’ai particulièrement aimé les œuvres de Vrubel (1856-1910) notamment les imposants « Epic Hero » and « Demon in flight » Par la suite, j’ai pu admirer la peinture avant-gardiste russe, notamment Malevich et Filonov. En regardant certaines peintures, je me suis demandé si leur inspiration venait de la période troublée (début du siècle dernier, guerre, révolution) ou simplement des idées étranges qui se bousculaient dans leur esprit. Heureusement pour moi, la section « soviétique » était fermée pour travaux ; je dois avouer que je ne suis pas un grand fan du réalisme soviétique en peinture ;-)
Après ces deux visites, je ne serais que vous conseiller de vous attarder au musée russe, si jamais vous venez à St-Petersbourg. Bien entendu, la collection n’est pas aussi imposante que celle de l’Ermitage mais je pense qu’on aurait tort de sous-estimer le travail des artistes russes au cours des siècles passés. Il y a énormément d’œuvres ici qui permettent de mieux appréhender l’histoire et la nature de ce pays, et qui, avec la littérature ou la musique permettent de dresser un tableau plus complet de ce que fut la Russie.
Le soir, une nouvelle étudiante arrive à l’appartement. Elle s’appelle Adrienne (oui, comme dans le film où un célèbre boxeur crie son nom ;-)) et vient de Boston. Elle parle déjà un peu le russe, ayant passé plusieurs mois à l’université de Moscou il y a quelques années. Elle se retrouvera donc dans notre groupe dès lundi. Vu le jetlag qu’elle a pris dans les dents (elle vient directement de New-York), nous n’avons pas vraiment eu l’opportunité de faire connaissance ce jour-là.
Dimanche 3 janvier 2010
Il fait toujours aussi froid. A présent, quand je pars en excursion, je mets deux écharpes et deux paires de chaussettes. Ce genre de précautions prises, on peut au moins se promener une ou deux heures sans devoir abdiquer dans un café. ;-)
Nous nous sommes balladés dans le centre ce jour-là, en s’arrêtant bien entendu dans un café pour se réchauffer.
En général, je passe une partie de mon dimanche à réviser mes cours de russe, à faire mes devoirs. Il y a énormément de choses à mémoriser, des subtilités grammaticales en passant par le nouveau vocabulaire, tout en sachant que l’écriture est plus simple que l’oral. En parlant, il me faut encore du temps pour construire mes phrases, faire attention à la construction, aux cas, connaître le vocabulaire. Mais petit à petit, je progresse :-)
Lundi 4 janvier 2010
Une fois les fêtes de fin d’année passées, les étudiants semblent revenir plus nombreux sur les bancs de l’école. Aujourd’hui, on a eu un gros arrivage, 2 américaines, deux allemands, une polonaise, une suisse, un japonais. Vous pouvez donc vous imaginez l’effervescence dans les locaux. C’est la file à la machine à café à la pause, le personnel de l’école règle les détails en ce qui concerne l’enregistrement des passeports, les cartes d’étudiants, le logement… J’en viens presque à regretter le calme des semaines précédentes.
Je me retrouve dans un groupe de 6 personnes, ce qui est beaucoup à mon goût, surtout que nous n’avons pas tous le même niveau je pense. Heureusement, le lendemain, le groupe sera scindé en deux.
Qui sont les nouveaux étudiants vous allez me demander ?
J’ai pu parler faire connaissance avec quelques-un. Les deux Allemands vivent et travaillent ici, l’un travaille dans un bureau d’architecture et l’autre est physicienne. Habitant en Russie depuis quelques années, ils parlent mieux que moi évidemment, mais ne sont pas vraiment bilingues (dans 2 mois, je parlerai mieux qu’eux ;-)) Dans le groupe nous avons également une étudiante polonaise (avec Katya, cela fait donc deux Polonaises dans le groupe) qui a commencé l’étude du russe il y a 4 ans et a un excellent niveau (cela semble plus efficace que l’apprentissage du néerlandais chez nous, il y a peut être des échanges et des transferts de savoir à organiser ;-)). Les autres personnes n’étaient pas dans mon groupe ce jour-là, je ne sais donc pas vraiment vous donner plus de renseignements à leur propos. Je sais juste que le Japonais est un artiste, qu’il a vécu en Suède et qu’il étudie le russe pour établir de meilleures relations entre artistes russophones et japonais.
Mardi 5 janvier 2010
Aujourd’hui, nous aurions dû être quatre dans notre groupe. En effet, en plus de Katya et Adrienne, l’autre étudiante américaine aurait dû également se joindre à nous.
Comment vous la décrire ? C’est le genre de personne assez irritante, trop sûr de soi, arrogante, avec un accent à couper au couteau… Papa et Maman sont riches et payent pour tout, bref elle n’a aucune idée de ce que peut être la vraie vie. Ma colocataire Adrienne l’appelle une « JAP » (Jewish American Princess), ce n’est sans doute pas très gentil mais cela la résume assez bien.
En ce mardi matin, après avoir dit à son professeur que le groupe de débutant n’était pas pour elle (remarquez qu’elle a dit ça en anglais et non en russe, ce qui ne prouve pas vraiment qu’elle a un niveau suffisant) elle est donc arrivée dans notre groupe « intermédiaire ». Et bien, figurez-vous qu’après quelques présentations, elle est retournée paniquée dans son ancien groupe, en nous disant « Non ici c’est trop dur, je m’en vais ». Au début, je n’avais pas trop compris ce qu’il lui arrivait, c’est seulement après quelques instants que j’ai réalisé qu’elle était partie avec toutes ses affaires, sans même dire « merci » ou « au revoir » ou informer Katya de quoi que ce soit.
Comme quoi, de temps en temps, la vie nous donne une petite leçon d’humilité. Quant à ma leçon d’humilité quotidienne ? Ne vous en faites pas… A chaque fois que je rentre dans un magasin ou un café et que je commence à parler, on me rappelle assez rapidement, même si c’est toujours de manière polie, que je ne parle pas encore parfaitement le russe ;-)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire