lundi 8 février 2010

Quelque part en janvier...


Lundi 18 janvier 2010
Une fois n’est pas coutume, j’aurai encore droit cette semaine à mes cours particuliers avec Katya (ma professeur, pour ceux qui n’arriverait pas à suivre). Cette semaine-ci j’ai même droit à la pièce réservée aux cours particuliers.
Que retenir de cette semaine de cours ?
J’ai l’impression de parler encore plus en classe et pas seulement pour répondre aux exercices. A présent, quand une reflexion me vient en rapport avec le sujet en cours, j’essaye de le dire en russe. C’est bien car de cette manière, j’en apprends plus sur la vie courante en Russie et j’apprends également à Katya des choses sur la Belgique. Preuve que je parle plus, on avance également moins rapidement dans les leçons du livre. J’ai par exemple essayer de faire comprendre à mon professeur comment fonctionnait le système fiscal et les tranches d’imposition sur les revenus en Belgique. J’ai dessiné un graphe avec différents paliers et tenté d’expliquer le système progressif qui prévaut en Belgique.
Pour information, le système est fort différent en Russie. Ici l’Etat applique un taux fixe sur les revenus, la progressivité de l’impôt, ils ne connaissent pas. Bien entendu, la situation n’est pas comparable, je ne pense pas qu’en Russie, la part de l’imposition sur les revenus est importante dans le budget de l’Etat, celui-ci disposant encore d’importantes ressources grâce au pétrole et au gaz. Dans quelques semaines ou mois, je serai peut être capable de me lancer en russe dans un débat sur la bonne gestion des deniers publics en Russie et en Belgique. J Et dans quelques années, après une longue pratique de la langue russe, et après une longue préparation personnelle, je tenterai d’expliquer le système institutionnel belge. ;-)
Comme je vous l’ai déjà dit, j’étais passé au second livre début janvier. Pour faire simple, je dirais que les thèmes abordés sont différents mais que cela permet de revoir à chaque leçon des points précis de grammaire et de les approfondir. Ce que l’on pensait donc avoir compris il y a un moins peut donc être remis en cause à présent, par l’ajout de nouvelles subtilités. Le processus d’apprentissage est donc un éternel recommencement, une répétition générale continuelle comme si la pièce de théâtre dans laquelle on allait jouer était à chaque fois postposée. Quand maîtrise-t-on une langue ? Difficile à dire… D’ailleurs pour illustrer ce propos, il existe une subtilité dans la langue russe. Je vous avais déjà parlé des verbes d’aspect et de la différence qu’il peut avoir entre un verbe exprimant un résultat et un autre, ayant la même signification mais exprimant un processus ou une habitude. Et bien, sachez que pour le verbe « apprendre » (изучать) on n’utilise jamais la forme « perfective », c'est-à-dire celle exprimant un résultat. La preuve donc qu’on n’a jamais terminé d’apprendre une langue ;-)
Durant cette semaine, un peu partout dans la ville, nous avons eu droit aux grandes manœuvres de la part des ouvriers communaux. Ceux-ci se sont attaqués aux tonnes de neige qui recouvraient encore la ville, rendaient difficile la circulation dans certaines rues ou sur certains trotoirs. Ici, il ne sert à rien d’attendre le dégel pour voir fondre la neige… A part quelques jours où la tepérature remontera légèrement, je ne m’attends pas vraiment à des températures positives avant quelques mois. Raison pour laquelle, la municipalité a utilisé les grands moyens pour dégager les endroits encore recouverts de neige, comme ma rue par exemple. Un matin, cela devait être mardi ou mercredi, j’ai vu arrivé 3 grands camions ainsi que des pelleteuses. Ils ont travaillé une partie de la journée (et même une partie de la nuit) dans le quartier pour rendre les rues propres. Il faut dire qu’ici c’était bien nécessaire. On en était arrivé à une situation où les voitures ne pouvaient plus se croiser (circulation alternée, juste devant ma fenêtre), les voitures devant se garer à 4m du trottoir à cause des congères. A ce propos, je me suis d’ailleurs demandé si lorsqu’on achetait une voiture en Russie, la pelle faisait partie des accessoires de base, tant elle est nécessaire en hiver pour dégager la voiture. Ici en hiver, c’est un peu « Paris-Dakar » chaque matin, on risque toujours de voir sa voiture embourbée ;-)
J’ai également vu à l’œuvre les ouvriers/alpinistes, qui retirent la neige des toits et font tomber les stalagctites. Cela semble être un vrai métier ici durant les longs mois d’hiver. Je ne sais pas si ce sont des spécialistes ou simplement des inconscients qui aiment se ballader sur les toits, mais en tout cas, on les voit un peu partout dans la ville à cette époque. Vous pouvez d’ailleurs voir ci-dessous une photo de ce qui pendait à ma corniche, c’est plutôt impressionant et si par malheur cela tombe sur la tête de quelqu’un je pense que le dénouement ne peut être que tragique. Et c'est un peu comme cela partout dans la ville. Près de l'école, il y a un cabinet de stomatologie et je me dis à chaque fois que je passe et que je vois ces stalactites que si ça tombe sur la tête de quelqu'un, ce n'est pas d'un stomatologue qu'il aura besoin, mais directement d'un médecin légiste.
J’ai également profité de mon temps libre pour avancer dans mes lectures. J’ai fini « Les âmes mortes » de Gogol. C’est un livre très intéressant que je vous conseille. Grâce à cet ouvrage, on part à la rencontre de nombreux personnages dans la Russie du 19ème siècle, chacun ayant des caractéristiques physiques ou morales assez prononcées (on y retrouve un avare, un homme représentant l’exubérance…) C’est donc un voyage assez intéressant à travers la Russie, mais également une critique à peine voilée de la situation prévalant à l’époque dans les campagnes russes, où le servage n’a été aboli que dans les années 1860. Braver les deux tabous que sont premièrement le servage à une époque où il était encore d’actualité et deuxièment utiliser le terme « âme » qui touche évidemment à une dimension spirituelle et ce dans un pays encore fort marqué par la religion n’a rien fait pour faciliter le travail de Gogol. Les critiques par rapport à ces deux points ont été assez nombreuses, avant et après la sortie du premier tome, ce qui, comme vous pourez le lire plus loin a eu un impact malheureux sur la publication de l’entièreté des aventures de notre héros.
Pour vous résumer l’histoire en quelques mots, on suit les aventures de Tchitchikof, homme éduqué et ingénieux, qui parcourt la campagne russe à la recherche de serfs à racheter, ou plutôt de serfs décédés mais se trouvant encore dans les listes du rescencement officiel. Idée assez étrange me direz-vous mais qui s’avère assez ingénieuse. Le but de notre héros étant double, d’une part d’être considéré comme un propriétaire terrien important et d’engranger tous les avantages qui s’en suit, d’autre part de mettre en gage les serfs en échange de monnaie sonnante et trébuchante. On suit avec plaisir les aventures de notre ami, ses entrevues avec les différents propriétaires, tous ayant un caractère bien trempé et surtout l’évolution de la stature de notre héros et de son aura grandissante auprès des habitants de la ville qu’il essaye de rouler dans la farine. Un des ressorts dramatiques étant d’ailleurs repris de la pièce « Revizor » dans lequel un escroc/dilletant de la capitale profitait de la peur et de la naiveté des autorités corrompues d’un chef-lieu de province pour se faire passer pour un contrôleur officiel (Revizor)
Le seul problème du livre est qu’il est malheureusement incomplet, seul le premier tome ayant été publié. A la base, l’œuvre était prévue comme une trilogie, malheureusement Gogol lui-même a brûlé les copies du tome 2. Et je peux vous dire qu’après avoir terminé le premier tome, on a réellement envie de savoir ce qui va arriver à notre héros. Surtout que dans la version publiée par Gallimard, on a inclus ce qu’il restait du brouillon du second tome, et c’est particulièrement énervant de lire des fragments d’une telle histoire, sans pouvoir remplir les blancs.  
Par la suite, j’ai bien entendu commencé « Crimes et châtiments ». L’histoire de l’assassinat de la vieille usurière par l’étudiant Raskolnikov et ensuite le poids de la culpabilité qui l’envahit m’a évidemment séduit, surtout que comme je vous le disait plus haut, j’habite non loin de la « scène du crime ».
Samedi 23 janvier 2010
Enfin un nouveau weekend culturel. Et comme cela faisait longtemps que je n’avais plus été me promener dans le palais d’hiver, je décide donc de me rendre à l’Ermitage, avec quelques amis. Cette fois-ci, c’est la section « Art italien de la Renaissance » que je visiterai. Ce n’est pas forcément ma période préférée, mais comme cela faisait longtemps que je n’avais pas visité cette section, j’ai profité de l’occasion que les autres y allaient aussi pour me perdre dans le dédale des couloirs du palais d’hiver. Si les tableaux semblent parfois monotones (vu les contraintes de l’Eglise, principale mécène et jouissant d’une énorme influence à l’époque, on ne peignait pas grand-chose d’autres que des scènes d’évangile, ce qui à la longue peut sembler monotone), les pièces dans lesquels ils sont exposés sont de toute beauté. J’ai donc plus souvent regardé au plafond et à terre qu’en direction des tableaux, mais cela valait vraiment la peine. C’est inimaginable les moyens mis dans l’édification et l’embelissement des palais à l’époque. Il fallait impressioner les visiteurs et montrer sa puissance. Je pense que de ce côté-là, le contrat a été pleinement rempli. Nous avons également admiré de nombreuses peintures de Rembrandt et d’autres artistes hollandais du 17ème siècle.
Si vous êtes intéressés par une petite visite virtuelle du musée, au cas où vous viendrez me rendre visite et ne savez pas par quoi commencer ou simplement pour la beauté des collections :  http://www.hermitagemuseum.org/html_En/03/hm3_0.html
Le soir, nous avons été au théâtre, voir une pièce de Tchekov, Oncle Vanya. Encore une expérience supplémentaire pour moi dans mon immersion russe, vu que la pièce est bien évidemment jouée en russe. Avant d’y aller, je ne connaissais pas vraiment l’histoire, je savais seulement que les ingrédients habituels d’une bonne intrigue à savoir « amour, passion, jalousie, déception » étaient présents. Après avoir vu la pièce, je ne peux malheureusement pas vous en dire plus ;-) J’ai compris quelques passages, mais malheureusement le niveau était un peu trop avancé pour moi. Je pense que je vais donc lire la pièce en français, je vous raconterai après de quoi il est question. Par contre, j’ai pu pleinement apprécié la beauté de la salle, qui ressemble un peu à l’opéra de la monnaie. Vous pouvez donc vous imaginer un magnifique théâtre à l’italienne, entièrement rénové. Pour ne pas payer trop cher, nous avions pris des places un peu en retrait, au deuxième ou troisième balcon, mais nous avions néanmoins une vue excellente sur la scène. Et figurez-vous qu’au niveau technique, on avait également mis le paquet, vu qu’il a même plu sur la scène (et c’était prévu dans le scénario ;-)
Je suis donc ressorti séduit par la mise en scène et par la jeu des acteurs, même si je n’ai malheureusement pas compris beaucoup. La prochaine fois, j’irai à l’opéra, l’intrigue est moins développée et donc sans doute plus simple à comprendre (c’est ici que je me fais descendre par tous les amateurs d’opéra ;-))
En ressortant du théâtre, j’ai d’ailleurs appris une anecdote assez intéressante sur une petite statue féline, érigée dans le quartier et placée à quelques mètres de hauteur, à l’abri du regard de la plupart des passants. Que vient faire une statue de chat dans une ville impériale me direz-vous? La raison est assez simple. Durant le blocus de Leningrad (pour rappel, la ville subit le blocus de l’armée allemande pendant plus de 900 jours, de 1941 à 1944) les vivres étaient non seulement rares, mais devaient également subir la voracité des rats. C’étaient bien entendu sans compter sur les nombreux chats de la ville, qui sauvèrent une partie des vivres de la ville. C’est la raison pour laquelle on retrouve à présent cette statue dans la ville.
Lundi 25 janvier 2010
Une certaine routine s’installe à l’école. Les nouveaux étudiants ne semblent pas encore pointer le bout de leurs nez, mes leçons quotidiennes sont toujours riches de nombreux dialogues avec Katya, mes soirées sont en partie remplies par mes heures d’études, les nombreux exercices que me donnent Katya et également de nouvelles découvertes cinématographiques en Russe. Bref, tout roule. Mais, c’était sans compter sur l’ONEM, qui est venu se rappeler à mon bon souvenir par l’intermédiaire d’une convocation envoyée à mon domicile bruxellois. En résumé, je dois prouver que je vis encore bien en Belgique, et pour ce faire, me présenter à l’ONEM ou à l’administration communale avant le 29 janvier.
Mardi 26 janvier 2010
Je réserve mon billet d’avion, heureusement pour moi, le prix n’atteint plus les sommets d’il y a quelques années. Je m’en tire donc avec un billet à 300 euros, ce qui vu l’urgence n’est pas trop cher payé. Bien entendu, je vais devoir modifier quelque peu l’horaire de mes cours de russe, vu que je ne serai pas là jeudi et vendredi. Heureusement, Katya est très prévoyante et me prépare une tonne de devoirs à faire ainsi que de textes à écouter, afin que je n’oublie pas trop ce que j’ai appris durant mon séjour en Belgique. Heureusement, j’ai déjà appris les bases du russe, la probabilité de perdre tout ce que j’ai appris en quelques jours est donc assez limitée.
D’ailleurs, le soir en m’endormant je commence un peu à mélanger les différentes langues dans ma tête. En général, quand je suis à Bruxelles, je pense encore à certains évènements de la journée, mais je le fais bien entendu en français. Ici, les choses se corsent un peu.. Bien entendu, mon cerveau fonctionne toujours en français, mais comme je parle avec les autres étudiants en anglais ou en russe et que j’essaye de parler en russe le plus souvent possible, ça provoque parfois une soupe le soir dans ma tête… Il y a des phrases qui surgissent dans ma tête en russe, en anglais… Donc si je n’ai personne à qui parler en russe durant mon séjour à Bruxelles, je pourrai toujours me parler à moi-même, c’est rassurant. ;-)
Jeudi 28 janvier 2010
C’est à 15h que je décolle. Cela ne devrait pas poser de problèmes, je n’ai pas de bagages à enregistrer, je suis en possession de mon visa multi-entrée et pour une fois, je suis bien à temps à l’aéroport. En fait, je me demande un peu ce qui va se passer à la douane avec mon visa, mais je n’ai pas d’inquiétudes particulères. En fait, le document se présente comme un triptique, et lorsqu’on passe la frontière, le contrôleur garde une partie et tamponne l’autre.
Je décolle avec 40 minutes de retard, l’avion n’étant pas arrivé à temps à Pulkovo. Comme il n’y a pas de vol direct vers Bruxelles, je fais dans un premier temps escale à Zurich, puis reprend l’avion pour Bruxelles. Pour une fois, il y a eu un peu d’animation dans l’avion.
Au moment de prendre le repas, la passagère assise à côté de moi demande au steward un verre vide. Je ne fais pas vraiment attention à cela, mais quelques minutes plus tard, elle ouvre discrètement la bouteille de champagne qu’elle avait acheté à l’aéroport et me propose un verre. Bien évidemment, j’ai accepté sa proposition. Le plus drôle est quand les stewards se sont rendus compte qu’elle buvait son propre champagne. On lui a fait remarquer qu’il était interdit de boire son propre champagne dans l’avion, mais elle a répondu qu’elle faisait également escale à Zurich, avant de rejoindre Rome et que donc sa bouteille serait sans doute confisquée lors de l’embarquement. Pourquoi donc gaspiller une bonne bouteille de champagne ? J’approuve entièrement sa démarche, je pense que certaines règles aeroportuaires deviennent trop contraignantes et n’empêcheront pas un incident facheux de se produire un jour.
En parlant de cela, j’ai également eu droit à une seconde surprise dans l’avion. Ceux qui prennent souvent l’avion savent que les contrôles sont de plus en plus poussés, que le moindre objet contondant est interdit en cabine… A Saint-Petersbourg, lors du passage des contrôles de sécurité, tout le monde ou presque doit enlever ses chaussures, passer au détecteur de métaux et de surcroit subir une fouille corporelle. Qu’est ce qu’on ne ferait pas pour se sentir en sécurité en montant dans l’avion, n’est-ce pas ?
Mais que dire alors lorsque c’est la compagnie aérienne qui fournit elle-même les armes ? En effet, au lieu de fournir des couverts en plastique, comme la plupart des compagnies, SWISS fournit de vrais couteaux et fourchettes. Et dire que l’on se fait arrêter pour un coupe-ongle ou une minuscule paire de ciseaux lorsqu’on passe les différents contrôles. Lorsque j’ai remplis mon enquête de satisfaction à propos du vol, je n’ai évidemment pas manqué de mentionner ce point.
Le deuxième vol vers Bruxelles fut beaucoup moins rigolo, rien de bien inhabituel, un avion plein à craquer, des voisins qui prenaient trop de place…
Je suis arrivé peu après 19h à Bruxelles. Ma maman m’attendait et nous avons directement pris la direction du commissariat de police, pour déclarer la perte de ma carte d’identité et de mon permis de conduire (vous vous rappelez sans doute de l’aventure qui m’est arrivée à noël) 
Vendredi 29 janvier 2010
Comme prévu, je me présente à la maison communale, pour prouver que j’habite bien en Belgique. Rien de bien particulier à dire, sauf que je suis tombé sur une employée qui était soit négligente, soit en était à sa 50ème demande de la journée. Au vu de la crise actuelle, c’est peut être devenu normal de se présenter à la commune pour prouver sa résidence en Belgique auprès de l’ONEM. En tout cas, j’aurai pu éviter ce voyage et envoyer n’importe qui, on ne m’a même pas demandé mon nom, ce qui, au vu des démarches entreprises, est un peu frustrant. Ayant rempli ma mission officielle, j’ai pu m’occuper de toutes les autres choses que je devais faire en Belgique.
Samedi 30 janvier 2010
Un retour en Belgique ne pouvait évidemment que se terminer après une soirée chez Fred. Je le remercie donc, ainsi que tous ceux qui ont pu venir. Ca m’a fait très plaisir de vous revoir, de boire quelques bières avec vous…

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