samedi 27 août 2011

La deuxième semaine en Russie


Comme vous l'avez compris, après seulement 3 jours, j'ai quitté mon premier appartement et me suis retrouvé de facto dans une situation peu confortable: j'avais d'une part annoncé au propriétaire que je ne voulais pas rester mais d'autre part, je ne savais pas encore où j'allais loger par la suite. Tout s'est donc fait dans une certaine précipitation et heureusement, les gens de l'école m'ont encore une fois aidé: le lundi et le mardi de la seconde semaine, le téléphone a chauffé et le manager de l'école a appelé toutes les familles d'accueil disponibles et heureusement le mardi matin, quand je suis arrivé à l'école, une solution avait été trouvée. Je dois avouer que ça m'a rassuré car le soir-même, je devais rendre les clés de mon logement. Ces moments de stress passés, je suis retourné chez moi prendre mes valises et surtout récupérer l'argent du loyer et de la garantie locative. Bien entendu, le propriétaire m'a affirmé qu'il ne voyait pas où se trouvait le problème, mais je n'ai pas réagi et je l'invite d'ailleurs à passer une semaine dans son studio, avec les odeurs et les clochards à la fenêtre. Par la suite, je me suis rendu dans mon nouveau logement qui se trouvait dans une autre partie de la ville, plus au nord sur Vasilevski, au bout de la ligne de métro « verte » pour être plus exact.

Je pense que les premières semaines de mon séjour ici, je ressemblais plus à une tortue qui transportait ses bagages qu'à une personne normale: le nombre de kilomètres que j'ai fait avec cette valise et mon sac sur le dos... D'ailleurs, la valise n'a pas survécu aux trajets et à la fin, je devais la tirer, ce qui ne facilitait pas les choses.

Arrivé à la station de métro, une nouvelle surprise m'attendait : un portique de sécurité pour les bagages, comme on en trouve dans les aéroports. Un peu étonné au départ, j'ai passé ma valise à travers le portique et évidemment la sonnerie s'est mise à retentir. Là, deuxième surprise : un policier poli et prévenant m'explique la raison de cette procédure et me demande ce que contient ma valise. Je ne sais pas si c'est pour les statistiques, mais en tout cas, il m'a demandé de signé un listing attestant que j'avais bien été contrôlé, m'a demandé d'où je venais, etc... Au départ, j'étais un peu méfiant au vu de la réputation désastreuse des policiers russes et finalement, tout s'est bien passé : je n'ai pas dû ouvrir ma valise (pleine comme elle était, elle lui aurait sauté à la figure), je n'ai pas du payer de pot de vin... Et tout ça dans une ambiance polie et détendue... Comme quoi les préjugés...

Mais pourquoi ont-ils installé un portique de sécurité dans la plupart des stations de métro allez-vous me demander ? Cela rentre sans doute dans une politique de renforcement de la sécurité des transports (ou en tout cas, le gouvernement veut montrer qu'il s'occupe du problème, même si dans les faits, cela n'empêchera pas un fanatique de se faire sauter dans un station comme cela s'est déroulé à Moscou il y a une année de cela...) mais plus précisément, à la mi-juin, s'est déroulé à Saint-Pétersbourg un forum économique rassemblant de nombreux hommes politiques ainsi que des grands patrons d'entreprises, afin de discuter des possibilités de développement économique en Russie et dans la région. Qui dit personnalités importantes, dit mesures de sécurité renforcées, raison pour laquelle j'ai dû passer par un portique.


C'est une parenthèse par rapport à mes histoires de déménagement, mais c'est assez fantastique selon moi comment l'appât du gain peut être plus fort que les réalités quotidiennes. Tout le monde sait bien que la Russie est riche en hydrocarbures d'une part et que d'autre part, elle a besoin de rénover son appareil industriel, ses infrastructures de transport et j'en passe... Bref un candidat idéal pour que des centaines d'entreprises lorgnent du côté de Moscou ou Saint-Pétersbourg. Mais d'un autre côté, je pense que ces mêmes entreprises n'imaginent pas la réalité quotidienne du business ici, les difficultés administratives, la pratique généralisée de la corruption, les descentes de police orchestrées par la concurrence... Bref c'est encore un peu le Far-West selon moi au niveau du business, en tout cas si vous voulez implanter une grosse entreprise et ce ne sont pas les belles paroles du président russe ou du premier ministre qui me rassurerait. Ce forum s'est donc déroulé pendant 4 jours, tout le monde semblait satisfait, et même si je suis le premier à dire que les investissements étrangers en Russie sont plus que salutaires, je suis curieux de voir comment le pays aura changé dans les 5 ou 10 prochaines années et particulièrement après les premiers tests pour l'image du pays que seront les jeux olympiques en 2014 et la coupe du monde en 2018. Pour la petite info, pendant ce temps-là, IKEA décidait d'implanter une usine de production en Biélorussie pour fournir le marché russe, même si la logique économique (proximité des marchés et abondance des matières premières) pousserait à l'implanter en Russie même.


Et mon nouvel appartement ? Je l'ai rejoint après une petite heure de trajet, dont 30 minutes à pied pour tirer ma valise jusqu'à ma nouvelle adresse. Et comme d'habitude, je me suis retrouvé dans une banlieue à l'apparence « soviétique » avec de grandes barres d'immeubles qui se ressemblent, planté le long d'allée bordée d'arbres qui se perdent à l'horizon... Bref, rien de neuf au niveau de l'environnement, si ce n'est que j'étais plus proche du golfe de Finlande cette fois-ci. Cela ressemble donc plus à Blankenberge qu'à une banlieue française, mais ce n'est tout de même pas encore le rêve non plus.



Ma famille d'accueil se composait à nouveau d'une seule personne (qu'arrivent-ils aux hommes après 60 ans dans ce pays?) : une sympathique pensionnée qui avait travaillé comme médecin et qui à présent accueillait plusieurs fois par an des étudiants pour arrondir ses fins de mois. Comme vous avez pu vous en rendre compte, divers éléments m'ont contraint tout au long de mon séjour à changer de lieu de résidence, avec des fortunes diverses, mais je pense que ce séjour-là s'est le plus rapproché d'un séjour en « famille ». Il peut arriver que votre famille d'accueil considère que vous êtes simplement un riche touriste qui par caprice vient en Russie étudier la langue par exotisme : elle remplit dès lors sont « contrat » en vous fournissant un endroit pour dormir, ainsi que deux repas par jour. Mais parfois, il arrive que la famille d'accueil vous considère comme une personne avec qui il pourrait être intéressant de discuter et avec laquelle vous partagez des moments en famille comme le repas du soir, une discussion sur vos études et centres d'intérêt... Avec cette personne, j'ai eu le plaisir de discuter de sujets divers, nous avons pu discuter après avoir regardé un film à la TV, etc... Bref, je n'avais pas l'impression d'être un client dans un Bed&Breakfast mais plutôt quelqu'un qui faisait partie de la famille. C'est ainsi que le dimanche matin, je me suis empiffré de crêpes, chaque jour j'ai regardé à la TV la série policière que regardait ma logeuse et que, petit à petit j'en ai appris un peu plus sur elle. Ma sympathique pensionnée exerçait la profession de médecin auparavant, mais avait dû arrêter pour cause de problèmes oculaires. Se retrouvant pensionnée avec des charges médicales à payer, elle avait sauté le pas et décidé d'accueillir des étudiants dans les deux chambres libres de son appartement. Bien entendu, son logement étant quelque peu décentré par rapport au centre-ville, je pense qu'elle accueillait plus souvent des étudiants en été qu'en hiver : marcher 20 minutes dans le froid quand la ville est recouverte d'un épais manteau de neige pour rejoindre la station de métro n'est sans doute pas du goût de tout le monde, et par conséquent les écoles de langue préfèrent placer leurs étudiants dans des familles plus proches de là où elles enseignent.


En ce qui concerne les séries policières, rien de neuf sous le soleil. Je dirais qu'au niveau de la qualité de l'intrigue, on se situe plus au niveau d'une série française qu'une bonne série américaine... Je pense que HBO n'a pas de souci à se faire, ce n'est pas demain que les séries russes envahiront le monde cathodique. Par contre, je comprends de mieux en mieux ce que les protagonistes des différentes séries racontent, ce qui fait toujours plaisir. Quant à la publicité, je pense que nous pouvons nous estimer particulièrement privilégié en Belgique : si elle vous agace déjà en Belgique, ne regardez pas la TV russe, c'est 10 fois pire. Je n'ai jamais calculé combien de temps durait réellement un épisode de série TV, mais celui-ci est au moins coupé 3 à 4 fois durant sa diffusion, ce qui rallonge la durée de 20 à 30% et perturbe sérieusement la compréhension de l'intrigue... « La fille qui présentait de la mayonnaise était-elle une des protagonistes de la série, oui ou non ? »


Malheureusement, comme toutes les bonnes choses ont une fin, il fallait bien qu'un problème survienne pour entraver la marche paisible de mon existence, et cet incident survint en la personne d'une étudiante américaine étudiant dans une autre institution que la mienne.

En simplifiant les choses, le problème était que cette institution n'autorisait pas les familles d'accueil à loger un autre étudiant que le leur, et ce, pour éviter qu'il parle dans une autre langue que le russe à la maison. En quelque sorte, pour encore intensifier l'immersion si je puis m'exprimer ainsi. Si la démarche est louable, je pense que dans le cas présent, il aurait dans le cas présent assez simple de se rendre compte que d’une part, nos horaires ne correspondaient pas et que j’avais donc peu de chance de rentrer en contact avec cette personne, et que d’autre part, mon niveau de russe était assez élevé pour que je ne doive pas m’exprimer en anglais à la maison. Bref, j’ai été victime d’une mesure autoritaire et aveugle et malgré mes tentatives pour expliquer à ma logeuse qu’il n’y avait pas de raisons de s’inquiéter, elle avait commencé dès la fin de la première semaine à me mettre la pression pour que je trouve un autre logement.



Entretemps, j’avais repris contact avec les gens de l’association que j’avais rencontré à Bruxelles lors d’un forum au sein des institutions européennes. En tout cas, lorsque j’étais à Bruxelles, cela m’avait donné l’impression d’être une organisation de taille moyenne et en cela les apparences peuvent être trompeuses : arrivé en Russie, je me suis rendu compte que l’association se résumait à un bureau, une responsable et une secrétaire (A ajouter dans son CV : responsable de la SPRL Vincent, en effet monsieur, je suis responsable de moi-même et pour beaucoup c’est déjà un lourd challenge à relever). Lors des premières semaines de juin, j’ai aidé cette association à nouer des contacts avec des universités en Belgique en vue d’un voyage qui devait se dérouler fin du mois. En contrepartie, la responsable se renseignait auprès de ses connaissances pour me trouver un appartement dans le centre. C’est pourquoi, lorsque ma logeuse m’a demandé de chercher un autre logement, je lui avais dit que je cherchais activement un appartement grâce à des amis. Et en effet, ils avaient trouvé un appartement pour moi. Une chose assez ironique est qu’il était situé en face du consulat de Belgique. Pour ceux qui ont eu l’occasion de regarder les photos de mon appartement actuel, je peux vous dire qu’il y avait de grosses différences entre les deux. L’appartement était certes moins cher, mais il nécessitait un bon coup de peinture ainsi que l’achat de quelques meubles. Un accord avait été trouvé pour qu’une partie du loyer serve à acheter les nouveaux meubles. Je visitai l’appartement le midi et le soir-même, il était prévu d’aller chez IKEA pour commander des meubles. Mais comme il était écrit que mon parcours serait semé d’embûches, je n’ai pas pu aller chez IKEA ce soir-là et je me suis rabattu sur leur site web pour effectuer une première sélection. C’est assez rigolo de voir que le site IKEA est identique dans toutes les langues… Une bonne méthode pour apprendre de nouveaux mots d’ailleurs : si vous voulez savoir comment on dit « chambre à coucher » ou « cuisine » en russe, il vous suffit d’aller sur leur site et de comparer avec le site en français… J Ce soir-là, je me suis donc attelé à choisir mes meubles. Et comme le hasard fait parfois bien les choses, j’ai remercié celui-ci de nous avoir empêchés de nous rendre au magasin la veille : la nuit portant conseil, et n’étant pas toujours bonne conseillère, la propriétaire avait changé d’avis et ne voulait plus me louer l’appartement. Pourquoi me demanderez-vous… Soit une peur ancestrale soit un vieux relent communiste, mais en tout cas, elle avait peur de louer à des étrangers. Je pense qu’il faudra un jour qu’on lui explique que d’une part, la guerre froide est terminée et que d’autre part, c’est mieux de louer à un étranger qui a les moyens financiers de payer que de le laisser à un russe, qui n’aurait aucun état d’âme pour partir, le sous-louer à 10 pauvres ouvriers venus d’Ouzbékistan ou que sais-je encore. Sur le moment, j’étais un peu déçu, mais après avoir écouté les récits de plusieurs de mes amis, je me suis rendu que les propriétaires ici étaient pour la plupart un peu paranoïaques… Pour résumer la situation, si vous êtes un jeune couple avec enfants à Saint-Pétersbourg ou étranger, ou originaire du Caucase, bonne chance pour trouver un appartement, les préjugés sont  encore assez tenaces. D’un autre côté, on entend également ces histoires de propriétaires qui ont vu tout leur mobilier partir, volé par des locataires malhonnêtes… Comme souvent, j’imagine que la situation est difficile pour les deux parties et qu’il faut donc parfois avoir de la chance pour tomber sur la perle rare.


Mais finalement, tout cela ne faisait pas réellement mes affaires, car entretemps, ma logeuse, et surtout l’autre étudiante se faisaient plus pressantes pour que je trouve un autre appartement. Si je comprenais l’inquiétude de ma logeuse quant au fait qu’elle pourrait perdre son « contrat » avec cette université, je ne comprenais pas très bien l’empressement de l’autre étudiante. Durant les deux semaines de mon séjour là-bas, nous avons été en contact dix jours seulement ; période durant laquelle je l’ai vue le weekend pour le petit-déjeuner et le souper : je ne vois donc pas très bien quelle menace je pouvais représenter pour la bonne marche de son apprentissage de la langue russe. Le lundi de la troisième semaine, je me suis donc vu dans l’obligation de trouver une nouvelle famille, ma logeuse ayant promis que je quitterai la chambre après le weekend.


Et hop, nouveau tour de manège, l’équipe de l’école se met à nouveau en place pour me trouver une famille d’accueil temporaire, ce qu’ils font dans les 24h, chose pour laquelle je leur suis très reconnaissant. Où ais-je donc atterri ? Vous le serez dans le prochain épisode de ce blog.

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