samedi 27 août 2011

La deuxième semaine en Russie


Comme vous l'avez compris, après seulement 3 jours, j'ai quitté mon premier appartement et me suis retrouvé de facto dans une situation peu confortable: j'avais d'une part annoncé au propriétaire que je ne voulais pas rester mais d'autre part, je ne savais pas encore où j'allais loger par la suite. Tout s'est donc fait dans une certaine précipitation et heureusement, les gens de l'école m'ont encore une fois aidé: le lundi et le mardi de la seconde semaine, le téléphone a chauffé et le manager de l'école a appelé toutes les familles d'accueil disponibles et heureusement le mardi matin, quand je suis arrivé à l'école, une solution avait été trouvée. Je dois avouer que ça m'a rassuré car le soir-même, je devais rendre les clés de mon logement. Ces moments de stress passés, je suis retourné chez moi prendre mes valises et surtout récupérer l'argent du loyer et de la garantie locative. Bien entendu, le propriétaire m'a affirmé qu'il ne voyait pas où se trouvait le problème, mais je n'ai pas réagi et je l'invite d'ailleurs à passer une semaine dans son studio, avec les odeurs et les clochards à la fenêtre. Par la suite, je me suis rendu dans mon nouveau logement qui se trouvait dans une autre partie de la ville, plus au nord sur Vasilevski, au bout de la ligne de métro « verte » pour être plus exact.

Je pense que les premières semaines de mon séjour ici, je ressemblais plus à une tortue qui transportait ses bagages qu'à une personne normale: le nombre de kilomètres que j'ai fait avec cette valise et mon sac sur le dos... D'ailleurs, la valise n'a pas survécu aux trajets et à la fin, je devais la tirer, ce qui ne facilitait pas les choses.

Arrivé à la station de métro, une nouvelle surprise m'attendait : un portique de sécurité pour les bagages, comme on en trouve dans les aéroports. Un peu étonné au départ, j'ai passé ma valise à travers le portique et évidemment la sonnerie s'est mise à retentir. Là, deuxième surprise : un policier poli et prévenant m'explique la raison de cette procédure et me demande ce que contient ma valise. Je ne sais pas si c'est pour les statistiques, mais en tout cas, il m'a demandé de signé un listing attestant que j'avais bien été contrôlé, m'a demandé d'où je venais, etc... Au départ, j'étais un peu méfiant au vu de la réputation désastreuse des policiers russes et finalement, tout s'est bien passé : je n'ai pas dû ouvrir ma valise (pleine comme elle était, elle lui aurait sauté à la figure), je n'ai pas du payer de pot de vin... Et tout ça dans une ambiance polie et détendue... Comme quoi les préjugés...

Mais pourquoi ont-ils installé un portique de sécurité dans la plupart des stations de métro allez-vous me demander ? Cela rentre sans doute dans une politique de renforcement de la sécurité des transports (ou en tout cas, le gouvernement veut montrer qu'il s'occupe du problème, même si dans les faits, cela n'empêchera pas un fanatique de se faire sauter dans un station comme cela s'est déroulé à Moscou il y a une année de cela...) mais plus précisément, à la mi-juin, s'est déroulé à Saint-Pétersbourg un forum économique rassemblant de nombreux hommes politiques ainsi que des grands patrons d'entreprises, afin de discuter des possibilités de développement économique en Russie et dans la région. Qui dit personnalités importantes, dit mesures de sécurité renforcées, raison pour laquelle j'ai dû passer par un portique.


C'est une parenthèse par rapport à mes histoires de déménagement, mais c'est assez fantastique selon moi comment l'appât du gain peut être plus fort que les réalités quotidiennes. Tout le monde sait bien que la Russie est riche en hydrocarbures d'une part et que d'autre part, elle a besoin de rénover son appareil industriel, ses infrastructures de transport et j'en passe... Bref un candidat idéal pour que des centaines d'entreprises lorgnent du côté de Moscou ou Saint-Pétersbourg. Mais d'un autre côté, je pense que ces mêmes entreprises n'imaginent pas la réalité quotidienne du business ici, les difficultés administratives, la pratique généralisée de la corruption, les descentes de police orchestrées par la concurrence... Bref c'est encore un peu le Far-West selon moi au niveau du business, en tout cas si vous voulez implanter une grosse entreprise et ce ne sont pas les belles paroles du président russe ou du premier ministre qui me rassurerait. Ce forum s'est donc déroulé pendant 4 jours, tout le monde semblait satisfait, et même si je suis le premier à dire que les investissements étrangers en Russie sont plus que salutaires, je suis curieux de voir comment le pays aura changé dans les 5 ou 10 prochaines années et particulièrement après les premiers tests pour l'image du pays que seront les jeux olympiques en 2014 et la coupe du monde en 2018. Pour la petite info, pendant ce temps-là, IKEA décidait d'implanter une usine de production en Biélorussie pour fournir le marché russe, même si la logique économique (proximité des marchés et abondance des matières premières) pousserait à l'implanter en Russie même.


Et mon nouvel appartement ? Je l'ai rejoint après une petite heure de trajet, dont 30 minutes à pied pour tirer ma valise jusqu'à ma nouvelle adresse. Et comme d'habitude, je me suis retrouvé dans une banlieue à l'apparence « soviétique » avec de grandes barres d'immeubles qui se ressemblent, planté le long d'allée bordée d'arbres qui se perdent à l'horizon... Bref, rien de neuf au niveau de l'environnement, si ce n'est que j'étais plus proche du golfe de Finlande cette fois-ci. Cela ressemble donc plus à Blankenberge qu'à une banlieue française, mais ce n'est tout de même pas encore le rêve non plus.



Ma famille d'accueil se composait à nouveau d'une seule personne (qu'arrivent-ils aux hommes après 60 ans dans ce pays?) : une sympathique pensionnée qui avait travaillé comme médecin et qui à présent accueillait plusieurs fois par an des étudiants pour arrondir ses fins de mois. Comme vous avez pu vous en rendre compte, divers éléments m'ont contraint tout au long de mon séjour à changer de lieu de résidence, avec des fortunes diverses, mais je pense que ce séjour-là s'est le plus rapproché d'un séjour en « famille ». Il peut arriver que votre famille d'accueil considère que vous êtes simplement un riche touriste qui par caprice vient en Russie étudier la langue par exotisme : elle remplit dès lors sont « contrat » en vous fournissant un endroit pour dormir, ainsi que deux repas par jour. Mais parfois, il arrive que la famille d'accueil vous considère comme une personne avec qui il pourrait être intéressant de discuter et avec laquelle vous partagez des moments en famille comme le repas du soir, une discussion sur vos études et centres d'intérêt... Avec cette personne, j'ai eu le plaisir de discuter de sujets divers, nous avons pu discuter après avoir regardé un film à la TV, etc... Bref, je n'avais pas l'impression d'être un client dans un Bed&Breakfast mais plutôt quelqu'un qui faisait partie de la famille. C'est ainsi que le dimanche matin, je me suis empiffré de crêpes, chaque jour j'ai regardé à la TV la série policière que regardait ma logeuse et que, petit à petit j'en ai appris un peu plus sur elle. Ma sympathique pensionnée exerçait la profession de médecin auparavant, mais avait dû arrêter pour cause de problèmes oculaires. Se retrouvant pensionnée avec des charges médicales à payer, elle avait sauté le pas et décidé d'accueillir des étudiants dans les deux chambres libres de son appartement. Bien entendu, son logement étant quelque peu décentré par rapport au centre-ville, je pense qu'elle accueillait plus souvent des étudiants en été qu'en hiver : marcher 20 minutes dans le froid quand la ville est recouverte d'un épais manteau de neige pour rejoindre la station de métro n'est sans doute pas du goût de tout le monde, et par conséquent les écoles de langue préfèrent placer leurs étudiants dans des familles plus proches de là où elles enseignent.


En ce qui concerne les séries policières, rien de neuf sous le soleil. Je dirais qu'au niveau de la qualité de l'intrigue, on se situe plus au niveau d'une série française qu'une bonne série américaine... Je pense que HBO n'a pas de souci à se faire, ce n'est pas demain que les séries russes envahiront le monde cathodique. Par contre, je comprends de mieux en mieux ce que les protagonistes des différentes séries racontent, ce qui fait toujours plaisir. Quant à la publicité, je pense que nous pouvons nous estimer particulièrement privilégié en Belgique : si elle vous agace déjà en Belgique, ne regardez pas la TV russe, c'est 10 fois pire. Je n'ai jamais calculé combien de temps durait réellement un épisode de série TV, mais celui-ci est au moins coupé 3 à 4 fois durant sa diffusion, ce qui rallonge la durée de 20 à 30% et perturbe sérieusement la compréhension de l'intrigue... « La fille qui présentait de la mayonnaise était-elle une des protagonistes de la série, oui ou non ? »


Malheureusement, comme toutes les bonnes choses ont une fin, il fallait bien qu'un problème survienne pour entraver la marche paisible de mon existence, et cet incident survint en la personne d'une étudiante américaine étudiant dans une autre institution que la mienne.

En simplifiant les choses, le problème était que cette institution n'autorisait pas les familles d'accueil à loger un autre étudiant que le leur, et ce, pour éviter qu'il parle dans une autre langue que le russe à la maison. En quelque sorte, pour encore intensifier l'immersion si je puis m'exprimer ainsi. Si la démarche est louable, je pense que dans le cas présent, il aurait dans le cas présent assez simple de se rendre compte que d’une part, nos horaires ne correspondaient pas et que j’avais donc peu de chance de rentrer en contact avec cette personne, et que d’autre part, mon niveau de russe était assez élevé pour que je ne doive pas m’exprimer en anglais à la maison. Bref, j’ai été victime d’une mesure autoritaire et aveugle et malgré mes tentatives pour expliquer à ma logeuse qu’il n’y avait pas de raisons de s’inquiéter, elle avait commencé dès la fin de la première semaine à me mettre la pression pour que je trouve un autre logement.



Entretemps, j’avais repris contact avec les gens de l’association que j’avais rencontré à Bruxelles lors d’un forum au sein des institutions européennes. En tout cas, lorsque j’étais à Bruxelles, cela m’avait donné l’impression d’être une organisation de taille moyenne et en cela les apparences peuvent être trompeuses : arrivé en Russie, je me suis rendu compte que l’association se résumait à un bureau, une responsable et une secrétaire (A ajouter dans son CV : responsable de la SPRL Vincent, en effet monsieur, je suis responsable de moi-même et pour beaucoup c’est déjà un lourd challenge à relever). Lors des premières semaines de juin, j’ai aidé cette association à nouer des contacts avec des universités en Belgique en vue d’un voyage qui devait se dérouler fin du mois. En contrepartie, la responsable se renseignait auprès de ses connaissances pour me trouver un appartement dans le centre. C’est pourquoi, lorsque ma logeuse m’a demandé de chercher un autre logement, je lui avais dit que je cherchais activement un appartement grâce à des amis. Et en effet, ils avaient trouvé un appartement pour moi. Une chose assez ironique est qu’il était situé en face du consulat de Belgique. Pour ceux qui ont eu l’occasion de regarder les photos de mon appartement actuel, je peux vous dire qu’il y avait de grosses différences entre les deux. L’appartement était certes moins cher, mais il nécessitait un bon coup de peinture ainsi que l’achat de quelques meubles. Un accord avait été trouvé pour qu’une partie du loyer serve à acheter les nouveaux meubles. Je visitai l’appartement le midi et le soir-même, il était prévu d’aller chez IKEA pour commander des meubles. Mais comme il était écrit que mon parcours serait semé d’embûches, je n’ai pas pu aller chez IKEA ce soir-là et je me suis rabattu sur leur site web pour effectuer une première sélection. C’est assez rigolo de voir que le site IKEA est identique dans toutes les langues… Une bonne méthode pour apprendre de nouveaux mots d’ailleurs : si vous voulez savoir comment on dit « chambre à coucher » ou « cuisine » en russe, il vous suffit d’aller sur leur site et de comparer avec le site en français… J Ce soir-là, je me suis donc attelé à choisir mes meubles. Et comme le hasard fait parfois bien les choses, j’ai remercié celui-ci de nous avoir empêchés de nous rendre au magasin la veille : la nuit portant conseil, et n’étant pas toujours bonne conseillère, la propriétaire avait changé d’avis et ne voulait plus me louer l’appartement. Pourquoi me demanderez-vous… Soit une peur ancestrale soit un vieux relent communiste, mais en tout cas, elle avait peur de louer à des étrangers. Je pense qu’il faudra un jour qu’on lui explique que d’une part, la guerre froide est terminée et que d’autre part, c’est mieux de louer à un étranger qui a les moyens financiers de payer que de le laisser à un russe, qui n’aurait aucun état d’âme pour partir, le sous-louer à 10 pauvres ouvriers venus d’Ouzbékistan ou que sais-je encore. Sur le moment, j’étais un peu déçu, mais après avoir écouté les récits de plusieurs de mes amis, je me suis rendu que les propriétaires ici étaient pour la plupart un peu paranoïaques… Pour résumer la situation, si vous êtes un jeune couple avec enfants à Saint-Pétersbourg ou étranger, ou originaire du Caucase, bonne chance pour trouver un appartement, les préjugés sont  encore assez tenaces. D’un autre côté, on entend également ces histoires de propriétaires qui ont vu tout leur mobilier partir, volé par des locataires malhonnêtes… Comme souvent, j’imagine que la situation est difficile pour les deux parties et qu’il faut donc parfois avoir de la chance pour tomber sur la perle rare.


Mais finalement, tout cela ne faisait pas réellement mes affaires, car entretemps, ma logeuse, et surtout l’autre étudiante se faisaient plus pressantes pour que je trouve un autre appartement. Si je comprenais l’inquiétude de ma logeuse quant au fait qu’elle pourrait perdre son « contrat » avec cette université, je ne comprenais pas très bien l’empressement de l’autre étudiante. Durant les deux semaines de mon séjour là-bas, nous avons été en contact dix jours seulement ; période durant laquelle je l’ai vue le weekend pour le petit-déjeuner et le souper : je ne vois donc pas très bien quelle menace je pouvais représenter pour la bonne marche de son apprentissage de la langue russe. Le lundi de la troisième semaine, je me suis donc vu dans l’obligation de trouver une nouvelle famille, ma logeuse ayant promis que je quitterai la chambre après le weekend.


Et hop, nouveau tour de manège, l’équipe de l’école se met à nouveau en place pour me trouver une famille d’accueil temporaire, ce qu’ils font dans les 24h, chose pour laquelle je leur suis très reconnaissant. Où ais-je donc atterri ? Vous le serez dans le prochain épisode de ce blog.

samedi 23 juillet 2011

Retour en Russie - première semaine de juin 2011

Pour les plus attentifs d’entre vous, mon premier voyage en Russie s’était terminé par mon succès à l’examen de langues ainsi que deux mois d’été, passés entre autre à chercher du travail en Russie. Malheureusement, je n’avais pas su atteindre cet objectif, le marché du travail russe ayant ses règles propres ; j’y reviendrai un peu plus tard.
Je ne dois pas vous raconter la situation en Belgique, la crise politique, la situation sur le marché du travail (meilleure qu’en Russie), les horaires de la STIB et mon appartement décentré
Comme je me sentais encore jeune et avide de nouvelles expériences, j’ai donc décidé après plusieurs semaines de réflexion de revenir en Russie, toujours à St-Petersbourg, et ce toujours pour les mêmes raisons (on est obstiné ou on ne l’est pas)
Fort de ma propre expérience ainsi que de celle d’amis à moi (merci Ikbal) j’ai opté pour l’option « visa étudiant » ce qui me laissait une plus grande liberté d’action  qu’un simple visa touristique ou visa pour raisons personnelles. C’est donc à nouveau l’école de langue Extra-Class qui allait m’accueillir pour un séjour plus ou moins long.
Une fois toutes les formalités administratives remplies, je me suis donc envolé vers la Russie, un beau matin de juin, le cœur léger mais les valises remplies à craquer (38kg en tout, répartis dans 3 sacs, sans payer de surcharge)

Première semaine : samedi 04 juin au samedi 11 juin 2011

Cette fois-ci je m’y étais pris à l’avance pour les formalités administratives, je m’étais préparé également en ce qui concerne de nombreux détails pratiques, mais étrangement, il y a un gros détail que je n’avais pas vraiment réglé, ou alors très partiellement. Il s’agissait de la question du logement : j’avais bien demandé à l’école de me trouver un appartement, mais malheureusement sans trop insister… heureusement, quelques jours avant mon départ, le directeur de l’école m’a proposé de loger dans son appartement pour une semaine, pendant qu’il était à Barcelone avec sa famille. Ce fut donc la première étape de mon périple ici : direction plein nord, dans un nouveau lotissement à quelques stations de métro du centre.

Comment vous décrire mon impression  en voyant ce quartier ?

Ma première impression était mitigée : comme toutes les cités à appartement, les immeubles s’étendent à perte de vue, alignés le long de grands boulevards un peu vide, et d’ailleurs il est conseillé de prêter une grande attention aux coordonnées exactes de votre appartement au risque dans le cas contraire de vous retrouver devant  une autre porte que la vôtre. Exactement la même situation vécue par le héros de ce grand classique du  cinéma soviétique  « Ирония Судьбы », qui, ayant été mis saoul dans un avion pour Leningrad se retrouve dans un appartement identique au sien à 600 km de distance. Cela ne m’est heureusement pas arrivé, mais j’ai néanmoins un jour essayé d’introduire le code de la porte d’entrée lorsque je me trouvais face à l’immeuble à côté du mien… Et pour les mauvaises langues, oui j’étais sobre ;-)

Par contre, même si ça ressemble à une banlieue un peu triste, c’est construit de telle manière à ce que vous ne manquiez de rien (vous retrouvez un grand nombre de magasins et vous n’êtes pas obligé de prendre la voiture pour aller au centre commercial qui se trouve à 25km de là) et surtout, les infrastructures de transport existent. Etant assez proche du métro, en 30-35 minutes vous vous retrouvez au centre-ville. Bien entendu, si vous décidez de passer votre soirée en ville, vous devez penser à rentrer pour minuit, sinon votre beau carrosse aura disparu, sans même vous laissez de citrouilles à manger. D’autre part, comme les principaux ponts sur la Neva se lèvent la nuit pour laisser passer les bateaux, il ne faut pas vraiment compter sur les taxis, qui devront faire un détour énorme pour enfin arriver de l’autre côté de la rive. En conclusion, c’est sympa pour les jeunes couples qui ont réussi à économiser un peu d’argent, mais à déconseiller pour les touristes et les gens qui veulent profiter du charme de la ville comme moi.

Arrivé à l’appartement, je me suis vite rendu compte que celui-ci se transformait en serre dès que le soleil tapait un peu fort et que d’autre part, il faudrait que je m’habitue à nouveau aux « Nuits blanches » locales… soleil qui se couche vers minuit pour réapparaître quelques heures plus tard… Les premières nuits, mes yeux s’ouvraient déjà vers 5.30 du matin, la chambre étant déjà inondée de lumière. Heureusement, je n’étais pas seul dans l’appartement : je devais m’occuper d’un petit zoo – 3 tortues et une bande de poissons qui se sentaient sans doute bien seuls dans ces grandes pièces vides. L’endroit était assez sympa, plutôt grand pour la Russie (80m²) et très lumineux. Par contre, nous n’avons pas la même vision de l’aménagement intérieur. Peut-être que lorsque vous doublez la surface de votre logement, vous ne savez pas quoi faire de l’espace libre, ou alors mes goûts sont très éloignés des préférences russes… Mais au point de mettre une table de ping-pong dans une des chambres, je dois avouer que ça m’a scié. Surtout que la table prend tout l’espace de la pièce : pour vous décrire la situation, les parents ont la plus petite chambre, les enfants une plus grande et enfin, une chambre de surface égale est dévolue à la « salle de ping-pong »

Pour le reste, je me suis assez vite acclimater aux mœurs locales, et, j’ai rapidement pu  reprendre mes marques ici.

Le lundi après-midi, c’est avec une grande joie que j’ai repris les cours avec ma prof de russe, Katya, celle qui m’avait appris la plupart des choses que je connais en russe. Après avoir raconté quelques éléments de ma « pause bruxelloise », nous avons immédiatement repris les choses sérieuses, en commençant par corriger les travaux que j’avais fait à Bruxelles par rapport aux conseils à donner aux étudiants, jeunes diplômés et autres travailleurs quant à la mise en forme et l’écriture de leur CV, lettre de motivation et quelle attitude adopter lors d’une interview avec un employeur.

En effet, voulant faire profiter de ma fructueuse expérience dans ce domaine, aidé en cela par mon ami Xav’, le magicien de la retouche, le poète des lettres de motivation, j’avais écrit, lorsque j’étais encore à Bruxelles, quelques présentations à ce sujet et mon but ici était de proposer ce service à des candidats potentiels, qui en passant par des écoles de langue, qui en étant recruté par du marketing personnalisé. Mais pour ce faire, il fallait que mes présentations soient parfaites, raison pour laquelle j’ai fait appel à ma prof de langues.

Les jours suivants, je me suis donc renseigné auprès des centres de langue potentiellement intéressés, et c’est avec une grande joie que j’ai vu que mon idée avait de l’avenir, certaines écoles proposant déjà ce service. Il fallait donc trouver des candidats potentiels.
Pour le reste, sachant que je ne pouvais rester qu’une semaine dans l’appartement du directeur de l’école, je me suis également mis à la recherche d’un logement, chose qui ne fut pas simple.

Il faut savoir en effet qu’en Russie, vous ne pouvez pas compter sur un site comme « vlan immo » ou « immoweb » pour vous aider à trouver un appartement. Les transactions se font uniquement entre amis ou connaissances ou alors, il faut passer par les services d’une agence immobilière. Au départ, j’ai bien essayé de trouver des sites sur internet ou des annonces dans les journaux proposant des locations de particulier à particulier, mais ce fut peine perdue, et j’ai donc dû me résoudre à faire appel aux services d’une agence. A ce propos, je tiens à avertir les futurs candidats locataires en Russie : les prix dans les grandes villes sont élevés, la commission de l’agence est énorme et les réticences des propriétaires peuvent être assez grandes. De plus, les locations proposées sur les sites de l’agence sont souvent là pour attirer le client mais s’avèrent être déjà louées ou indisponibles quand vous téléphonez pour prendre des renseignements. Bref, il faut avoir beaucoup de chance, de courage et de patience pour trouver chaussure à son pied.

Le mercredi soir, je me suis donc retrouvé devant un immeuble situé non loin de l’école pour une première visite. Le propriétaire des lieux étant en retard, l’agent immobilier commence à me décrire l’appartement, me dit également le plus grand bien du propriétaire, bref, me met en condition pour que j’accepte de louer. Une fois le propriétaire arrivé, nous entrons dans l’appartement. Ma première impression est qu’il n’est pas très grand, par contre tout vient d’être refait, un ouvrier travaillant encore sur les dernières finitions. Je ne suis pas le seul sur le coup, une autre personne visite également les lieux, mais repart assez rapidement, estimant que l’appartement est trop petit. Après avoir regardé dans tous les coins, et posé les questions d’usage sur la tranquillité des lieux ainsi que sur les modalités pratiques au niveau du paiement, j’ai fait ce qu’il ne faut jamais faire : faire une liste des points positifs et négatifs pour contrebalancer une impression générale un peu mitigée. Avec le recul, je pense qu’il faut avoir un sentiment positif sur les lieux avant de faire ça. Bien entendu, il y avait de nombreux points positifs comme le fait que tout était neuf, que ça semblait calme et qu’il ne faisait pas trop chaud, ce qui en période de canicule était un avantage… Par contre, j’aurai dû faire plus attention aux points négatifs comme le fait que c’était au rez-de-chaussée et que ce n’était pas très grand ni lumineux. Résultat des courses, j’ai pris l’appartement. Est apparu alors un premier problème : le fait de devoir payer en liquide tous les frais. Cela représentait avec la commission de l’agence environ 1600 euros, à tirer au distributeur automatique. Heureusement, j’avais également de l’argent liquide sur moi, que j’ai pu échanger, sinon, j’aurais été bloqué par la limite imposée sur ma carte de crédit… Donc, si vous avez l’intention de louer un appartement à l’étranger, sans y avoir de compte en banque, le mieux est d’avoir prévu de l’argent liquide avec soi, au cas où vous devriez débourser immédiatement une forte somme.
Le samedi matin, j’ai donc déménagé mes affaires et j’ai pris possession de l’appartement (qu’on peut franchement appeler « studio »)

J’allais enfin pouvoir commencer ma nouvelle aventure à St-Pétersbourg, enfin, c’est ce que je pensais. Car évidemment, ce n’est qu’une fois que j’ai passé plus de temps dans le studio que je me suis rendu compte de ses défauts. Je vous passe les détails sur le fait que j’ai dû moi-même nettoyer partout pour enlever la poussière et la saleté des travaux, ce n’était pas très sympa, mais ce n’était pas non plus le plus important. Un des premiers points gênants est que le studio ne comportait qu’une fenêtre, ce qui allait poser des problèmes pour l’aération. D’autant plus qu’on y avait placé une moustiquaire, ce qui réduisait encore la circulation de l’air frais. Le deuxième point est que, même si j’avais une entrée privative (une porte qui donnait sur la cour destinée à mon usage personnel) et que la cour était fermée par une grille dotée d’un digicode, on savait bizarrement accéder à ma fenêtre par une cour annexe. Cela n’aurait pas encore été trop grave si je ne m’étais pas rendu compte le premier jour que des gens avaient installé un business de recyclage de bouteilles et canettes usagées dans la cave en dessous de chez moi. Je voyais donc apparaître sous ma fenêtre des clochards qui apportaient des bouteilles et marchandaient.
Le second jour, j’ai remarqué que les odeurs dans l’appartement ne partaient pas, odeurs dont l’origine se trouvait selon moi dans le fait que le studio était neuf (peinture) ainsi que par le commerce dans ma cave. Heureusement, il faisait beau et je décidais donc d’explorer la ville. Ce n’est que le soir que je me suis rendu compte que cela deviendrait vite impossible : d’une part parce que le commerce de bouteilles se poursuivait 7 jours sur 7 et d’autre part par les odeurs qui commençaient à me prendre au nez.

Le lundi, j’ai donc décidé d’appeler mon propriétaire pour trouver une solution. Encore une fois, c’est ma prof de russe qui est venue à mon secours en téléphonant elle-même au propriétaire pour expliquer mieux que je n’aurais pu le faire les problèmes : elle a été tellement précise et convaincante que le propriétaire a accepté de me rendre l’argent du loyer ainsi que ma garantie. Il fallait encore que je trouve un logement et que j’essaye de récupérer la commission versée à l’agence, mais cela allait encore demander quelques efforts que je vous raconterai la prochaine fois.

En conclusion, ce que je garde comme impression de cette première semaine est qu’il faut toujours faire confiance à son intuition, ne pas hésiter à voir un grand nombre d’appartements quand on veut louer, ne pas céder à la pression des agents immobiliers, mais surtout mon impression générale à ce jour est qu’avoir des amis fidèles, ça peut vraiment compter quand on se trouve dans une situation difficile.

vendredi 17 décembre 2010

Le logement


Je parlerai ici de mon expérience en terme de logement en Russie, mais également de ce que j’ai vu ou appris via mes amis ou via les journaux. Le sujet étant assez vaste, il se peut que j’y revienne plus d’une fois.
En écoutant les gens et en lisant la presse, il me semble que dans beaucoup de sociétés, les demandes en terme de logement ne sont pas rencontrées. C’est également le cas en Russie, bien que 70 ans de régime communiste ait formé les gens à accepter de vivre dans des conditions assez difficiles, sans que ceux-ci ne se plaignent trop.

Dans les faits, cela se traduit ainsi: la grande majorité des gens vivent dans des logements qui ne sont plus aux normes, et dans ceux-ci chaque habitant a droit à un “espace vital” deux ou trois fois plus petit que ce qu’on l’on rencontre généralement en Europe de l’Ouest. Ici, avoir un appartement pour soi, c’est un luxe. La plupart du temps, les jeunes diplômés vivent encore chez leurs parents ou alors, pour ceux qui sont arrivés ici pour travailler ou ont décidé de ne pas quitter la ville après la fin de leurs études, ils louent une chambre ou partagent un appartement. Des exemples que j’ai entendu, j’ai pu en déduire que les gens ont en moyenne 10 ou 15m² par personne. Il n’est pas rare de voir une famille vivre avec deux enfants dans un appartement de 40 ou 50 m². Ici la vie en commun, c’est une nécessité, pas un choix.

Résultat, le gouvernement s’est lancé dans une grande campagne de construction de logement, mais vu le niveau de la demande et les prix demandés pour des constructions neuves, je ne pense pas que le problème sera réglé dans les prochaines années.

Différence de taille par rapport à chez nous, quand vous achetez un appartement, vous achetez en fait un ensemble de pièces “brut”, c’est à dire, sans rien à l’intérieur. C’est à vous à tout installer, le carrelage ou parquet au sol, la cuisine, la salle de bain… Bref, vous avez intérêt à être bricoleur ou à avoir encore un peu d’argent de côté, ce qui vous évitera de dormir sur du béton. Et là aussi, au niveau de la fourniture et de la pose de toutes les facilités dans votre logement, il existe de grandes différences de prix et de qualité. On désigne d’ailleurs par un terme différent les réparations et aménagements faits selon des normes de qualité (Евро ремонт = réparation que l’on fait en payant des euros, beaucoup d’euros…) et les autres. C’est à ce point rentré dans la culture populaire que de nombreux sketches ont déjà été tournés à ce propos.

Comme vous pouvez donc vous en rendre compte, se loger convenablement en Russie n’est pas chose facile, et comme vous pourrez le voir dans les différents exemples que je donnerai plus loin, la qualité des appartements dépend fortement du propriétaire. Dans le centre de St-Petersbourg, il est assez dur de savoir où trouver un appartement de qualité, ceux-ci pouvant se cacher un peu partout, dans le fond d’une arrière cour peu engageante comme le long des allées les plus prestigieuses. Comme je vous le disais, beaucoup de nouveaux complexes d’appartements sont également construits, mais ils se trouvent alors le plus souvent un peu plus loin à la périphérie de la ville, là où il y a encore des terrains à bâtir. Seule exception notable, « l’île à la Croix » (Крестовский остров), situé non loin du centre, est un endroit où se concentre la population (très) aisée de la ville. Pour vous donner une idée, le m² se vend à cet endroit au alentour de 6000 euros. C’est d’ailleurs lorsque Dan était venu et que j’avais revu Ikbal que j’avais appris le prix d’un appartement dans ce quartier là. Ikbal et sa femme avait voulu acheter quelque chose de petit là-bas, malheureusement, la plus petite surface à acheter était de 180m² (l’appartement à 1 million, ça fait un peu cher, même si on a un bon job).

Comme vous pourrez vous en rendre compte en lisant le récit de mes différentes expériences en la matière, en termes de logement en Russie, l’habit ne fait vraiment pas le moine. Dans le centre ville, hormis certaines résidences assez luxueuses, votre logement ne vous paraîtra jamais dans un état convenable de l’extérieur. Ici, à moins que les qualités architecturales de l’immeuble le justifient, peu de propriétaires vont rénover leur façade, ou la cour intérieure. Par conséquent, vous ne pourrez qu’être agréablement surpris en rentrant dans un appartement, tant les apparences extérieures sont ici trompeuses.
La plupart des logements étant constitués d’une cour intérieure, c’est également un endroit où vous pourrez croisez des étudiants qui viennent boire après les cours, ou des sans-abris qui viennent s’abriter. Vous rencontrerez donc de plus en plus de logements où il vous faut un code pour rentrer à l’intérieur de la cour.

Qu’en est-il de ma propre expérience ?

L’école m’a très souvent aidé pour trouver une famille d’accueil ici en Russie. Au départ, comme j’ai déjà sans doute dû le mentionner, c’est une solution qui offre beaucoup d’avantages :
1.       Ne connaissant pas grand-chose  à la ville, vous ne seriez pas non plus très bien où chercher un logement. D’autre part, ne parlant pas la langue, il est assez difficile de parcourir les petites annonces à la recherche de quelque chose à louer ou de s’adresser à une agence immobilière. D’autant plus que dans ce cas-là, vous aurez à payer une importante commission à l’agent qui vous aura trouvé quelque chose. Elle peut se monter à un mois de loyer. C’est une bonne manière de découvrir la culture russe, de voir comment vivent les gens au quotidien et également, cela vous pousse à parler le russe à la maison, gage d’un apprentissage plus rapide.
3.       Dans une famille d’accueil, vous n’avez à vous occuper de rien, ce qui vous laisse plus de temps pour vos études (ou vos loisirs)

Confrontons à présent ces beaux principes à la réalité du terrain.

La première famille d’accueil dans laquelle j’ai été, c’était Valentina. Ceux qui ont une bonne mémoire se rappelleront que j’y ai à maintes reprises fait allusion.

Dressons le portrait de ce personnage : Valentina, la soixante, pensionnée, habitant dans un appartement communal près d’Apracsin Dvor, le grand marché où s’écoulent tous les produits venant de Chine et des anciennes républiques soviétiques. Elle s’est mise en tête que sa mission était de s’occuper des étudiants que lui confiait l’école, et rien ne pourrait la distraire de ce but. Elle prend sa mission très à cœur, donc n’essayez pas de l’aider pour la moindre chose, de prendre la moindre initiative à la maison, cà fait partie de son « job description ». Au mieux, elle va penser que vous essayer de l’aider et va refuser, au pire elle va croire que vous prenez une initiative car vous n’êtes pas content du service qu’elle offre, et là elle va commencer à discuter pendant 10 minutes avec vous en russe, oubliant que vous venez d’arriver et que vous ne comprenez donc rien à ses paroles (d’ailleurs vous n’avez pas toujours envie de comprendre ce qu’elle dit). Un des problèmes avec elle, c’est qu’elle croit qu’elle a toujours raison, qu’elle va vous donner des conseils pour tout et n’importe quoi et surtout qu’elle a tendance à raconter toujours la même choseLe nombre de fois que je n’ai pas entendu que la vie était dangereuse à l’extérieur ou qu’elle se plaignait de ne pas recevoir assez d’argent pour nourrir, que les produits étaient chers. C’est un autre point de discussion avec Valentina, un sujet à éviter soigneusement : l’argent. Je me suis toujours demandé où elle planquait son argent… Vu sa méfiance envers tous, je ne peux m’imaginer qu’elle le dépose sur un compte en banque. La plupart des Russes ayant vécu les crises bancaires des années 90, où les banques faisaient faillite du jour au lendemain, et où les gérants partaient avec l’argent, il y a depuis lors une certaine méfiance par rapport au système bancaire. Parce que malgré son discours et malgré les apparences, de l’argent, elle en avait. Je l’ai d’ailleurs toujours comparée à la vieille usurière dans le roman de Dostoevskii, « Crime et châtiment ». A présent, connaissant le prix des denrées au supermarché, sachant le prix d’un appartement communal, et également combien reçoivent les familles d’accueil, je me dis réellement qu’elle se faisait de l’argent sur notre dos. Elle recevait 650 roubles par jour pour nous loger et nourrir, en utilisait au maximum 60 pour nous nourrir (le nombre de fois où j’ai mangé des pelmenis et des varenikis surgelés, ou des pâtes sans sauce avec 3 saucisses « Zwan » comme garniture), 100 ou 200 pour nous loger et gardait le reste pour elle… Sachant qu’elle avait 3 chambres à louer vous pouvez calculer l’argent qu’elle se faisait par mois…

A part le fait que l’on n’y mange pas comme dans un restaurant 3 étoiles, comment vit-on dans un appartement communal ?

En hiver, c’est une expérience de vie assez surprenante. Le chauffage ainsi que l’eau chaude étant deux choses gérées de manière centrale, il ne vous est pas possible de changer quelque chose à la température intérieure. Pour éviter que les gens aient froid, la centrale d’eau chaude vous envoie via les canalisations ses milliers de joules et après vous vous débrouillez pour réguler la température en ouvrant la fenêtre s’il fait trop chaud. En hiver, quand la température descend à -20 ou -30°C, on se promène en t-shirt à l’intérieur. 

D’après ce que j’ai lu sur le sujet, les bâtiments durant la période soviétique étaient construits pour garder la chaleur, ce qui en hiver est fort agréable mais qui pose des problèmes en été, comme on le verra plus tard.
Le problème principal selon moi est que ces appartements ne sont pas entretenus comme il devrait l’être. Les locataires paient des charges pour l’eau, le chauffage, le téléphone, mais ces montants sont assez faibles par rapport au coût réel des charges, d’autant plus qu’ils semblent avoir été laissés à l’abandon pendant de nombreuses années. Il y a quelques mois, j’avais lu dans les journaux qu’ils envisageaient une réforme de ce système, ce qui allait faire augmenter le montant des charges, mais vu les montants nécessaires (on parle de milliards d’euros), je pense que sans une aide massive du gouvernement, rien ne pourra se faire. Comme les gens sont locataires, d’une part et que d’autre part la plupart ne connaissent pas leurs droits, dès qu’il y a un problème, c’est plutôt grâce à la débrouille que cela se règle.

Sinon, dans mon premier appartement, on peut dire que c’était le règne du « тихо » (doucement, calmement). Par peur sans doute de casser quelque chose, tout devait être manipulé avec précaution… On ouvrait la porte « doucement », ainsi que les robinets d’eau dans la douche, les fenêtres (mention spéciale pour les fenêtres, qui étaient dans un état tel qu’elle n’osait pas les ouvrir de peur de ne pas pouvoir les refermer). De plus, on devoir s’asseoir bien au milieu du lit, et pas sur les bords, de peur de casser quelque chose. On savait également à l’avance ce qu’on allait manger, vu qu’elle préparait à manger pour deux jours (au moins)
Bref, ce n’était pas terrible, et après 3 mois, j’ai déménagé vers une autre famille d’accueil.
Cela s’est fait au alentour du 14 février, un dimanche je pense. J’ai déménagé pour aller vivre chez Max et sa copine.

Une chose qui est surprenante ici, c’est qu’il ne faut jamais se fier à l’extérieur d’une maison, ni même à la cage d’escalier pour savoir ce que vous trouverez à l’intérieur de l’appartement. En règle générale, les cages d’escalier sont assez mal entretenues, même dans les nouveaux bâtiments. Je pense que cela vient du fait que l’on vous livre l’appartement « brut » quand vous achetez. Je ne sais pas à qui appartiennent les parties communes, mais j’imagine que les gens se préoccupent d’abord de l’aménagement de leur logement avant de s’occuper de la cage d’escalier.

Ici, les choses étaient un peu différentes par rapport à l’ancien appartement. Premièrement, ca semblait beaucoup plus moderne et mieux entretenu ; d’autre part, l’aménagement intérieur était lui aussi bien différent. Par contre, j’allais vite me rendre compte que face à la machine administrative, la réaction des occupants étaient toujours plus ou moins la même… une sorte de fatalisme mélangé à de la débrouille. Ici aussi, l’hiver avait fait des dégâts. Vous vous rappelez sans doute de mon aventure la veille du jour de l’an, lorsque l’eau s’était mis à couler du plafond : ici aussi, il y avait eu quelques fuites dans le salon. Le plus étonnant est que, étant donné qu’il fallait faire appel à la municipalité  (en tout cas au propriétaire) pour arranger le plafonnage qui avait bien souffert, rien n’a été fait. Durant les trois mois de mon séjour, j’ai pu voir chaque matin les dégâts qui avaient été provoqués par le trop-plein de neige sur le toit et presque rien n’a été entrepris pour changer la situation. Et pourtant, après avoir eu une conversation fort passionnante avec une juriste, je me suis rendu compte que des solutions existaient.

J’ouvre ici une parenthèse par rapport à la problématique du logement pour parler de la relation que les gens ont avec la justice. Je pense sincèrement qu’il y a de nombreuses lois utiles en Russie, sur lesquelles pourrait s’appuyer la population civile pour changer le cours des choses. Malheureusement, peu de gens sont au courant de leurs droits et osent se plaindre ou porter certaines affaires en justice. Je pense que c’est dû à une certaine résignation, accentuée par la corruption à tous les niveaux de la société et peut être aussi au fait que les gens ne sont pas éduqués ou entraînés à la contestation.

La goutte qui a fait déborder le vase…

Il y a quelques semaines, on m’avait demandé à l’école si j’étais d’accord qu’un autre étudiant loge chez Max et sa copine. Un peu surpris par la question, je répondis que pour moi il n’y avait pas de problèmes, mais qu’en pratique, je ne voyais pas très bien comment on allait se débrouiller avec deux chambres pour tout ce monde. Pensant que la discussion était close, quelle ne fut pas ma surprise lorsque Max m’annonça un jour qu’un étudiant belge était sur le point d’arriver et allait habiter l’appartement durant un mois. Bien évidemment, nous n’avions pas discuté ensemble de la question des chambres et il pensait sincèrement que j’allais partager ma chambre avec ce nouvel étudiant. Après avoir opposé un refus ferme mais poli, et bien entendu lorsque le nouvel arrivant était déjà là, il a été décidé qu’en attendant, il dormirait dans le salon. Bien que ce soit la pièce la plus grande de l’appartement, elle manque un peu d’intimité pour être considérée comme une chambre et ne peut donc que servir d’appoint en attendant une solution définitive.
Le soir même, les problèmes commençaient déjà, avec la copine de Max qui lui a bien fait comprendre qu’on ne peut pas faire dormir le nouveau dans le canapé, mais à moins qu’elle lui propose sa chambre, il n’y avait pas beaucoup d’autres solutions…

Au fait, il ressemble à quoi ce nouveau allez-vous me demander…

Il est belge, bruxellois pour être plus précis, je dirais même faisant partie de la minorité flamande de Bruxelles (une espèce rare je vous disais). Il est rédacteur en chef d’une revue culturelle (dont j’ai déjà oublié le nom) plutôt chic, en tout cas imprimé sur du joli papier, pas vraiment du style « presse à scandale » mais plutôt quelque chose comme « National Geographic » ou « GEO ». Il parle plusieurs langues slaves, dont le polonais et le russe. Je vois que vous vous posez la même question que moi : que vient-il faire ici et surtout, pourquoi dans mon appartement ?

Comme je n’ai pas vraiment réussi au bout de son séjour à répondre à la première question, je vais commencer par la seconde.

Il n’était tout simplement pas prévu qu’il arrive de ce côté-ci de la ville, mais le sort en a décidé autrement. En effet, la personne chez qui il devait loger ayant eu un problème de santé juste avant son arrivée, il devenait impossible de dormir là-bas. Par la suite, l’école a essayé de lui trouver un autre point de chute : le premier était dans une famille située assez loin de l’école, ce qu’il a refusé, la seconde étant chez Max. C’est donc un concours de circonstances qui l’a amené dans cet endroit. Pour répondre à la seconde question, je dois vous avouer que je suis assez perplexe quant à la logique de son séjour à l’école, en tout cas dans un cours de groupe. Le souci, c’est qu’il est clairement plus fort que nous tous, y compris Vladimir qui est pourtant Russe d’origine et qui est venu ici pour apprendre la grammaire. Pour vous donnez une idée de son niveau, il lit Tourgueniev en version originale et écrit des poèmes pour sa copine russe. Autant vous dire que lorsque l’on corrigeait les travaux en classe, et qu’il nous présentait ses poèmes ou sa prose, peu de gens comprenait ce qu’il racontait.
En ce qui concerne le logement, la situation n’a pas duré très longtemps, le second belge étant arrivé le samedi et en milieu de semaine, je déménageais vers une autre destination…

On m’avait en effet proposé une chambre dans un appartement loué par Vladimir (le Russo-New-Yorkais) et Manuel (l’Italien) situé en plein centre ville, en face de la cathédrale de Notre-Dame-De-Kazan, à une centaine de mètre du métro. Je vous passe les détails sur la manière dont ils avaient trouvés cet endroit (via des connaissances de Vladimir, mais en Russie, tout se fait via les connaissances), mais comme l’appartement était constitué de 2 chambres, d’une cuisine et d’un salon et que Vladimir avait accepté de dormir dans le salon pour que chacun puisse disposer d’un appartement en plein centre-ville à un prix relativement peu élevé, c’est avec plaisir que j’ai accepté cette proposition. Il était idéalement situé dans une cour intérieure assez calme et d’autre part cela me redonnait un peu d’indépendance après 6 mois durant lequel j’étais considéré comme un « invité » dans les familles où j’ai logé.

Nous étions à la mi-mai, le soleil était radieux, les journées devenaient de plus en plus longues et j’allais habiter dans un endroit en apparence fort sympathique. Tout semblait donc sourire pour moi, mais dans les semaines qui allaient suivre, j’allais découvrir les côtés plus sombres de la colocation.
Avant de décrire les évènements qui m’ont poussé à partir de cet endroit et tenter une quatrième et dernière colocation en moins d’un an, il est utile je pense de décrire ce charmant appartement, nous aurons le temps par la suite de nous attaquer au vif du sujet. Comme je le disais plus haut, il est situé dans une grande cour intérieure où l’on trouve un jardin d’enfant. En sortant de cette cour, vous vous trouvez nez-à-nez avec le canal et la cathédrale de Kazan. Je pense que la présence de cette structure d’accueil pour les enfants est un avantage : en effet, contrairement à d’autres endroits que j’ai visités, tout semble bien entretenu à l’intérieur, il y a toute la journée de l’activité dans la cour et le soir, on voit de temps en temps apparaître un gardien. Au niveau des bâtiments, ils sont en bon état, contrairement aux autres immeubles que j’avais déjà vu ce qui est également une bonne surprise. Bien entendu, le prix au m² est sans doute un peu plus important ici qu’ailleurs, nous payons 750 euros pour une surface de 60 m² environ. L’intérieur est également soigné, pas de cages d’escalier vieillottes ici, tout a été repeint récemment. Au niveau de l’intérieur, l’appartement a aussi été rénové : deux chambres de taille moyenne, un salon, une cuisine ainsi qu’une salle de bain.
J’avais hérité d’une des deux chambres et je me sentais bien installé dans mon nouveau logis : je pouvais me rendre à l’école à pied, en longeant le canal, tout était à portée de main, seulement à quelques minutes de marche et pour couronner le tout, je m’étais remis à cuisiner, essayant d’inculquer quelques notions de cuisine à mes colocataires. Les premières semaines se déroulèrent donc parfaitement, malheureusement un point auquel je n’avais pas attaché assez d’importance s’est rappelé à mon bon souvenir, et ce, de façon assez envahissante: qui dit colocation dit partager un espace commun, et ce avec des gens qui n’ont pas forcément les mêmes habitudes ou le même rythme de vie que vous, bref j’allais en apprendre beaucoup sur les manies, us et coutumes de mes colocataires. En général, la colocation peut se passer de façon satisfaisante, chacun ayant des habitudes différentes, mais un horaire et des buts plus ou moins similaires. J’avais déjà passé 6 mois dans une résidence universitaire à Lyon, ce n’était donc pas la première fois que je tentais l’expérience, mais j’ai vite dû constater que nos objectifs et habitudes de vie divergeaient, en particulier avec Manuel, l’étudiant italien. Je sais que ce n’est pas bien de véhiculer des préjugés, mais dans le cas présent, je ne peux pas faire autrement, le personnage étant un concentré de préjugé. Vous pouvez me faire une liste avec toutes les remarques que vous pourriez faire à l’encontre des Italiens, basé sur votre vécu ou simplement ce que vous pensez ou avez entendu… Je peux vous assurez que la majorité des critères coïncideront avec les caractéristiques physiques et morales de notre cher Manuel : bruyant, un peu négligent, peu travailleur, se nourrissant exclusivement de pâtes (deux fois par jour), coureur de jupons…

Et c’est bien entendu la première caractéristique qui m’a le plus dérangé : pourquoi un Italien, quand il parle, doit élever la voix de 20 dB supplémentaires que toute autre personne ? Sans rire, un jour, discutant avec un de ses compatriotes dans un des couloirs de l’école, on a dû leur demander de quitter l’école pour laisser les autres groupes et le personnel de l’école se concentrer. Si vous ajoutez à cela qu’il rentrait chaque soir vers 23h après la salle de fitness, moment qu’il choisissait pour cuire ses pâtes et discuter avec Vladimir, qui en règle général n’avait rien demandé, et ce, jusqu’à 1h ou 2h du matin. Quand votre chambre se trouve à côté et que mêmes les voisins doivent entendre leurs conversations, je vous mets au défi de vous endormir dans de telles conditions. Et finalement, c’était ça le plus énervant, c’est qu’il n’accordait plus aucune importance aux cours, aucune raison pour lui donc d’aller dormir et laisser les autres dormir à une heure raisonnable, de toute façon, il dormait en classe et en revenant des cours l’après-midi. Après avoir essayé de négocier, de lui faire entendre raison, en arguant que contrairement à lieu, j’avais moi des objectifs académiques et que je n’allais pas jeter l’argent des cours par les fenêtres, j’ai bien dû me rendre à l’évidence :impossible de rester dans de telles conditions, malgré tous les avantages de cette localisation centrale. Je peux vous affirmer que si j’avais eu un travail, ou gagné à la loterie, j’aurai loué cet appartement pour moi tout seul, j’aurai transformé la seconde chambre en bureau pour donner mes cours de langue et j’aurai pu y couler des jours heureux.

Durant cette période, une autre mésaventure m’est également arrivée, qui n’avait rien à voir avec les locataires mais plutôt avec les habitudes de fonctionnement de la municipalité. Comme vous pouvez vous imaginer, une partie des infrastructures de la ville date de la période soviétique, notamment le réseau de canalisations. Bien entendu, j’imagine que depuis, certains changements ont eu lieu, mais comme je vous le disais précédemment, c’est encore une décision centrale qui organise le chauffage des maisons. Celui-ci est réalisé grâce à l’envoi dans les tuyaux d’eau chaude, qui vient réchauffer tous les habitants. Comme il est primordial que ce système fonctionne en hiver, lorsque la température descend jusque -30°C, les travaux d’entretien se produisent au printemps, durant le mois de juin pour être précis. Durant cette période, la municipalité coupe l’eau chaude à tous les habitants d’un quartier afin de procéder à l’entretien nécessaire. Chaque quartier est ainsi victime l’un après l’autre de ces désagréments. On nous en avait parlé, mais je n’y ai vraiment crû que lorsque j’ai vu l’annonce placardée sur la porte principale, indiquant que nous n’aurions pas d’eau chaude durant les deux prochaines semaines. Le premier jour, je pense que j’ai simplement pris ma douche à l’eau froide, comme les Spartiates. Le second, ayant remarqué que nous avions un chauffe-eau, j’ai essayé de le mettre en place, sans résultats probants malheureusement. J’ai alors commencé à faire chauffer de l’eau dans de grandes casseroles, devenant ainsi le roi des douches écologiques (10L pour une douche). Par la suite, nous avons tout de même réussi à faire fonctionner le chauffe-eau, qui malheureusement ne contenait pas assez d’eau que pour prendre plus qu’une douche (et encore, rapide la douche !) et qui prenait des heures à se recharger. 
Autant vous dire que lorsque tout ça s’est terminé, j’ai savouré mes douches. Cela se passait mi-juin et comme je vous le disais, je passais mes derniers jours dans cet appartement. En effet, me préparant déjà pour mon test de russe que j’allais passer dans quelques semaines à l’université et considérant que quelques bonnes nuits de sommeil me feraient du bien, je me suis donc adressé à l’école, afin de pouvoir retourner dans une famille d’accueil. A la base, mon idée était de trouver un appartement dans le centre ou à proximité d’une station de métro, mais peu de gens sont prêts à s’engager pour quelques mois seulement. Heureusement, le staff d’Extra-Class a encore une fois réussi à résoudre le problème et en moins d’une heure, j’avais retrouvé un endroit où loger.

La dernière semaine de juin, je me suis donc retrouvé dans le dernier logement que j’allais occuper durant mon séjour en Russie. Et on peut dire que je n’ai pas eu trop de difficultés pour déménager, le nouvel immeuble se trouvant à 1km de l’ancien, dans une petite ruelle qui part de la célèbre « place aux foins ». On peut donc dire que lors de mon séjour, j’aurai presque toujours habité dans le centre et plus précisément là où Dostoïevski a placé l’intrigue de son roman « Crimes et châtiments ». Si dans mon premier logement, j’avais de bonnes raisons de me comporter comme l’étudiant Raskolnikov, comme je vous l’ai expliqué plus haut, ici tout s’est plutôt bien passé.

Ici, nous avons encore une fois la démonstration que l’habit ne fait pas le moine, ou en tout cas que l’apparence extérieure ne présage pas de ce que l’on va retrouver à l’intérieur. Dans la cour intérieure, le seul point à noter est la présence de nombreux chats, attirés par la chaleur des canalisations et de voisins généreux. Par contre, ce qui est agréable à voir en entrant dans l’appartement, c’est que la propriétaire a investi, notamment j’imagine grâce à l’argent de la location des chambres. Si dans ma première chambre, on se serait crû 40 ans en arrière, ici, la modernité était passée par là et le tout était beaucoup plus agréable à vivre.

Dans sa conception, il était assez semblable au premier appartement dans lequel j’avais vécu (j’imagine qu’à l’époque on en a construit des milliers), avec un long couloir et 3 chambres l’une à côté de l’autre. Par contre, au niveau du résultat visuel et du confort, il en allait tout autrement, grâce principalement aux travaux qui y avaient été entrepris. Dans la première chambre, vivait la propriétaire des lieux ainsi que son chat, quelqu’un d’assez calme et posé, plutôt orientée « bio », végétarienne. Dans la seconde chambre, il y avait deux étudiants d’une école d’art dramatique, qui de temps en temps répétaient dans leur chambre, ce qui au début était étrange, vu que je ne savais jamais au départ si ils répétaient ou s’ils débattaient à voix haute. Par la suite, une troisième personne est également arrivée dans cette chambre, mais qui a priori n’était pas étudiante. Je ne sais pas si c’était un membre de leur famille, une étudiante plus âgée, leur agent… Dans la troisième chambre, plus petite, il y avait un étudiant belge courageux, moi

En revenant dans une famille d’accueil, je retrouvais le système que j’avais déjà pu expérimenter auparavant, où les membres de la famille d’accueil préparaient à manger et partageaient le repas avec vous. Comme vous l’aurez sans doute remarqué dans mon titre, la propriétaire était végétarienne, ce qui supposait donc que moi aussi je ne mange pas de viande. Les premiers jours, cela ne m’a pas trop posé de problèmes, vu qu’elle cuisinait bien. Mais j’avoue qu’après une semaine, j’ai été m’engloutir un burger « triple bœuf » pour avoir ma dose de chair… J Après 10 jours, j’ai proposé de faire moi-même à manger, quitte à partager la table mais pas le repas. Finalement, c’est de cette manière que l’on s’est arrangé pour les mois de juillet et août, et en contrepartie je payais une contribution moins importante pour occuper la chambre et utiliser la cuisine et la salle de bain.  Et dans l’ensemble, tout s’est très bien déroulé. Au fil des semaines, de nouveaux locataires sont venus occupés la seconde chambre, mais toujours dans le respect de chacun et c’est ainsi que j’ai passé tranquillement les derniers mois de mon séjour en Russie.